samedi 13 octobre 2012

Doubs "terre d'élevage et d'accueil"


Vaux et Chantegrue, commune de six cent âmes près de Mouthe, chef-lieu de canton dans le département du Doubs, région Franche-Comté aux confins de la France et de la Suisse. La contrée la plus froide de France ou la première activité est de traire des vaches pour fabriquer quelques fromages, au demeurant excellent et ou les épicéas disputent le paysage avec quelques pâtures. Je suis arrivé ici vendredi soir et depuis, je n’ai cessé d’aller d’émerveillement en émerveillement : les montbéliardes regroupées pour le comice, le village décoré pour l’occasion et « la remise » restaurant improbable au milieu de nul part.

Chez Jean-Paul, à la Remise, quand on ouvre la porte on voit au mur quelques affiches qui plantent le décor : « ici point de carte bleue, vous avez un distributeur à la banque, vous pouvez y retirer tout l’argent que vous voulez, par contre, nous acceptons les chèques ». « Ici les boissons sans alcools sont moins chères que les autres, mais toutefois, Jean-Paul est disponible pour vous raccompagner à votre domicile ». « Les tables sont éclairées par une lampe à pétrole et on vous sert de la fondue au fromages de Franche-Comté et des charcuteries du pays ». Les choses sont dites, mais la chaleur de l’accueil est proportionnelle au froid qui règne à l’extérieur. La Remise est pleine de monde jusqu'à pas d’heure mais vers une heure du matin Jean-Paul vous invite à partir, il veut aller dormir.
Hier matin je suis monté vers Vaux dans le brouillard. En arrivant dans le village, c’est autre chose, chaque maison est décoré aux couleurs de la Montbéliarde. Les vaches rouges et blanches sont partout, chaque pavillon à sa déco, chaque arbre sur la pelouse de chaque maison est décoré. Des milliers de fleurs en papier posées partout : sur le pont au milieu du bourg, sur les murs de l’école, de la salle des fêtes. Le parcours pour conduire jusqu’au comice est fléché par des vaches en bois au sourire malicieux. Posées sur le derrières, de la patte elles vous indiquent ou aller. Chaque fleur de papier est une histoire, chaque bout de bois découpé et peint est unique, chaque maison fleurie et décorée est la fierté de ses propriétaires, sa contribution à la fête. Le comice est un hymne à l’élevage porté par tout un village. Le dernier avait eu lieu ici en 1992 et le prochain ne reviendra pas avant vingt ans.
Dans la nuit, juste avant que le soleil ne se lève, le ballet des tracteurs et des gyrophares ont emmenés les vaches de chaque ferme du canton vers la prairie sur les hauts de Vaux. Elles arrivent de partout, pas moins de 750 bètes ont été inscrites pour participer aux concours. Des perches de sapins ont été disposées pour les attacher, tout le village s’y est mis et est là pour les accueillir, pas moins de 150 bénévoles s’affairent depuis des mois. Le village de 600 âmes est debout ce matin bien avant l’aurore. Les enfants de l’école eux seront là tout à l’heure pour aider. Les grands pères, les grand mères, paysans ou non, ceux qui ont connu le comice de 92 et peut-être même celui d’avant préparent le café et la saucisse de Morteau pour le petit déjeuner des éleveurs quand les vaches seront en place. 10h30 le soleil perce le brouillard, les visiteurs arrivent de partout, il y en aura plus de cinq milles dans la journée, la fête peut commencer.
La journée sera pour moi une succession d’émotions. Il y a eu l’émerveillement du matin, quand comme un enfant, quant j’ai découvert le décor, apprécier le travail de tous et de chacun. Il y a eu les montbéliardes, chacune est unique, toutes ont été préparées avec soin, lavées, le poil tondu pour les mettre en valeur. Elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Il y a eu les amis retrouvés à chaque pas, ceux du salon de l’agriculture à Paris, ceux qui sont passés depuis trente ans à la Pitardière au gré d’une semaine de vacance sur les bords de l’Océan. Il y a eu Felix le grand père à qui j’ai raconté mes premiers pas en terre franc comtoise le premier juillet 1980. Le souvenir d’amis commun, des origines des vaches qui ont fait la Pitardière, des troupeaux ou je suis allé acheter. Tard dans la nuit le bal a prolongé la journée, sorte de 14 juillet hors saison avant d’entrer dans l’hiver. C’est tout ça un comice dans le haut Doubs : terre d’élevage et de convictions. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire