dimanche 5 février 2012

Dimanche de neige à la Pitardière

Il est 8 :30 le jour se lève sur les champs que la neige a blanchie cette nuit. Matin bizarre comme tous les matins neigeux : pas un bruit, juste mes oies qui me rappellent qu’il leur faut un peut d’eau et du grain pour passer la journée. Hermine ma jument comtoise reste stoïque dans sa pâture, une poignée de foin sec, son rognon de pain quotidien  et de l’eau tiède vont la réchauffer.
A cinq heures ce matin le blizzard soufflait un air de Sibérie jusque dans l’étable ; les montbéliardes ruminaient calmement dans leur couche emplie de paille. Le froid glacial ne les perturbe guère comme une réminiscence de ce qu’on pût  leur raconter leur mère ou leur grand mères venu de Franche Comté et qui connurent là-bas les frimas des vallées de Clairvaux ou de Mouthe.
8 :30 les auges sont pleines, les bassins dégelés, les logettes paillées. La traite est terminée, les veaux suçotent sur leur lèvres encore enfumés les dernières goutes de lait qui restent. Les montbéliardes se remplissent la panse à grand coup de langue goulu. Tout juste si elles lèvent un œil quand Eclair notre Border passe devant comme s’il voulait s’assurer que tout est en ordre avant de renter dans sa niche.
Le temps écoute, s’interroge, va-t-il reneiger, le soleil va-t-il paraitre ? Peut importe, mes montbéliardes sont au sec dans l’étable. Je leur ai mis un peu plus à manger que d’habitude, le froid les creuse et une vache qui a faim ne peut se sentir bien. Tout à l’heure, je retournerai faire un tour dans l’étable, histoire de voir si tout est calme, voir si leur libido malgré le froid ne s’est pas réveillée, auquel cas demain l’inséminateur leur posera la semence d’une star méticuleusement choisi. Peu de plaisir direz vous, certes, mais ainsi va la vie.
Un matin de neige sans ennuis, ou les tracteurs n’ont pas fait de farce en oubliant de démarrer, ou comme tout les autres jours les animaux sont nourris en temps et en heure, ou nous pouvons retrouver la chaleur de la cheminée en attendant la traite du soir sans encombre. Il n’en faut pas plus pour rendre un paysan heureux et au diable les cassandres de tout poil qui brocardent notre métier. Il n’est de bonheur que les choses simples de la vie.

                                                                       Hervé Pillaud