samedi 25 février 2012

La fonte d’aluminium

Rigide, elle garde la marque indélébile du moule qui l’a façonnée. Légère, elle sait donner aux objets qu’elle compose l’élégance dont ils ont besoin. De quoi s’agit-il? D’ustensiles de cuisine, de pièces pour l’automobile? Pas du tout, il est là, question de la matière composant ces récompenses bizarres si convoitées des éleveurs qui se pressent dans les concours. 
Elles savent laisser à jamais la marque indélébile du résultat obtenu. Disponibles, elles le sont à chaque manifestation qui se respecte.Convoitées, elles le sont par tous les éleveurs qui s’affairent à préparer leurs animaux pour concourir. Accessibles, elles ne le seront que des meilleurs, le jour J. Souvenir d’un jour, souvenir pour toujours : ce sont les «plaques de concours », comme les nomment les éleveurs. Elles  n’ont de valeur que par ce qu’elles représentent; qu’elles aient été obtenues sur le plus petit des comices ou à l’occasion du plus prestigieux des salons.
La première obtenue restera comme une première fiancée, souvenir inoubliable de l’instant tant de fois rêvé, et finalement conquis.La collection (de plaques), au fil du temps réalisée et affichée fièrement au fronton de l’étable, donnera au vieil éleveur, à l’automne de sa carrière, la satisfaction du travail bien fait.Certaines auront plus de valeur que d’autres et la légende, qui les accompagne, sera  chaque jour plus belle.
Certains verront dans ces reliques, le signe désuet de temps révolus. Les temps ont changé, le contrôle des performances, la génomie nous donnent des indicateurs plus fiables pour améliorer les performances de nos élevages. Cela ne fait aucun doute.Malgré tout, nos rassemblements d’animaux sont des moments privilégiés pour comparer le travail de chacun, le discuter, se remettre en cause et, finalement, donner la respectabilité qu’il mérite à l’élevage.
Chaque jour de cette semaine le ministère de l’agriculture en distribuera : recommences du travail d’une année. Les plaques de Paris récompenseront les meilleurs animaux de France. « Meilleur animal de France », mot qui claque, comme un étendard au vent, dans les oreilles des éleveurs. Ils sont venus de partout, du nord aux confins des Pyrénées. Ils ne rêvent en ce dimanche que de se voir attribuer celle ou est gravé « championne 2012 ». Il en sera distribué une par race jusqu’à dimanche prochain. Alors les éleveurs regagneront leur campagne la tète pleine de souvenirs…
  
Hervé Pillaud