samedi 3 mars 2012

SOUVENIRS DE PARIS

En refermant la malle : 
souvenirs du salon de l'agriculture
Ce soir, les éleveurs exposant au salon de l’agriculture vont  refermer la malle de concours. Elle est arrivée avec les animaux. Chaque matériel y avait sa place: le savon pour donner tout le soyeux au poil blanc, les brosses et les peignes, le licol pour présenter madame, quelques médicaments emportés autant pour rassurer l’éleveur que pour palier un bobo éventuel. Dans la malle il y avait aussi, bien rangés les chemises et cravates de rechanges méticuleusement repassées et plein de mille autres choses aussi désuètes qu’indispensables.
Apres une semaine la malle retournera le linge sale à la maison, le matériel qui n’aura pas été égaré, assurément quelques bouteilles glanées aux provinces de France et surtout, une quantité de souvenirs.
Souvenirs des amis revus. Ensembles on a refait le match, on a pu apprécier le travail de chacun, se dire : « Ta génisse tient bien de son père tellement raceur. Et puis non, finalement elle tient de sa mère, elle avait la même allure l’an dernier à Cournon sans parler de la grand-mère au SPACE de Rennes il y a quelques années… »
Souvenirs désuets de quelques passionnés idéalistes, peut-être, mais, souvenir d’éleveurs consciencieux et connaisseurs assurément.
La malle se refermera aussi sur les souvenirs de visiteurs, souvenirs des citadins posant des questions, toujours les mêmes : « pourquoi n’ont-elles plus de cornes ? Vous venez de quelle région ? Pour conclure par un : je me souviens enfant, chez ma grand mère, le bon lait, l’été… »  
Mais aussi souvenirs de ces anciens paysans qui ont troqués leur Auvergne natale pour une brasserie près des Champs Elysées; mais aussi d'autres venu d’un lointain pays abandonné pour balayer les allées du salon. Chez tous, les éleveurs ont retrouvé les mêmes choses : Chez tous, le même regard nostalgique, les même souvenir de burons ou de grandes prairies, mais aussi l’espace d’un instant la même sérénité trouvé dans les mots échangés, ces mots d’éleveurs qui restent ceux de leur enfance.   
La malle se refermera également sur l’ombre des amis qu’on aurait voulu présents. D’aucuns auraient aimé les voir, les Fernand, les Bernard, les Gaby trop vite arrachés aux leurs. Chez certains, la fatigue et l’alcool  aidant, l’œil pourra même s’embrumer mais, finalement, en fermant la malle, ils se diront que là-bas, au paradis des éleveurs, ils doivent être heureux d’observer ce salon qui garde toujours sa magie.
Alors à l’instant de partir, la clé refermera la serrure de la malle emmenant jusqu’à l’année prochaine les souvenirs de Paris.
Hervé Pillaud,