dimanche 8 avril 2012

Le jour du renouveau


Mise au four de la galette pacaude hier soir au fournil du village
J’aime une fête qui revient chaque année de façon désordonnée, tantôt en mars tantôt en avril sans que nous ne sachions comment. Malgré tout le jour ne doit rien au hasard. Cette fête est le  premier dimanche qui suit la pleine lune qui suit le printemps. Trois symboles pour caractériser cette journée, le chiffre trois est celui de l'harmonie parfaite Elle est toujours au printemps, les nuits qui la précèdent voient toujours briller la lune comme pour nous tenir en veille et c’est toujours un dimanche jamais le même mais toujours un dimanche. Cette fête est la fête  du renouveau.

Le dimanche est le premier jour de la semaine si nous nous référons au premier calendrier même si la perfide Albion nous l'a repoussé au fond du sacro saint week-end. Le dimanche c'est le jour ou je me pose, ou j'esquisse des projet, ou je prépare la semaine qui vient. La pleine lune est  propice aux semailles, les plantes pousseront plus rapidement, donneront plus de fruits, plus de grain. Le printemps est la saison ou la nature s'éveille, où elle nous offre la pitance  dont nous avons besoin. Nous allons abandonner le garde manger et le grenier pour nous consacrer à la cueillette. Le grenier au fil de l’hiver s’est vidé, mais désormais l’hiver s’en est allé.

Les dernières semaines, il a fallu faire attention, il a fallu économiser le grain pour ne pas manquer. Nous avons dû nous restreindre, nous avons fait carême. Du grain, il en reste peu mais de ce grain récolté l’été dernier, bien avant la fin de l'hiver, j’ai mis de coté le plus beau. La semaine dernière, je l’ai porté chez le meunier pour y faire une farine blanche comme la neige, si fine qu’on la croirait liquide, je l’ai gardé précieusement pour ce jour. J’ai également gardé depuis quelques temps les premiers œufs de mes poules, avec les premières chaleurs elles se sont remises à pondre.

Hier matin,  j’ai ressorti la vielle bassine à lessive de ma mère. Aussi loin que je me souvienne je ne l’ai jamais connu servir à la lessive mais chaque année elle est là pour y mélanger la farine et les œufs. J’y ai versé l’ensemble avec un peu d’eau, le levain et la fleur d’oranger : la fleur de la fécondité. J’ai brassé, brassé à plein bras l’ensemble jusqu'à la communion de la dernière farine et des premiers œufs. La pâte s’est épanouie, elle a pris vie, elle a levé. Hier soir dans le fournil, j’ai allumé le vieux four, c’est là que la pâte levée est devenu galette de pâque.

Ce matin à l’instant où les cloches de l’église se sont remises à sonner après le silence de la semaine sainte, au moment où la vie reprend le pas sur la mort, quand la douleur de la passion fait place à l’émerveillement du renouveau, les brioches sont là, dorées à cœur, prêtes à faire oublier le jeûne du carême. Chaque année Pâques marque le temps du renouveau.