dimanche 15 avril 2012

Fond bleu pour une nuit verte


la tour Eiffel posée sur un lit de paille (photo @FNSEA)
Fond bleu : bleu comme le bleu de ciel de ce vendredi treize, bleu comme le bleu de l’eau des fontaines du Trocadéro, bleu comme le bleu des yeux écarquillés des parisiens voyant débarquer tracteurs et camions dès l’aube, vendredi matin sur l’esplanade.
Quelque chose de grand se prépare, des dizaines de paysans au fil de la journée se sont afférés pour préparer la fête annoncée depuis quelques jours. Cette nuit verte, ils veulent la vivre, ils l’ont rêvés chacun à leur façon. Plus tard dans la nuit, demain pour les plus fêtards  ils rentreront chez eux la tête pleine des rencontres, des sourires échangés, des encouragements reçu. 
Depuis mes petit jouets de la marque à la pomme, je les ai suivi, ils ont suscité chez moi rêves et envies. J’ai même imaginé un instant y convier mes amis,  monter avec eux,  participer à la fête. Nous sommes restés chez nous, des tas de raisons nous le recommandait.
Depuis des mois les agriculteurs ont modélisé cette nuit. D’abord lui donner du sens : elle va servir à quoi la nuit verte; se justifier, pas besoin ; montrer ce que nous faisons, montrer que le travail du paysan façonne du beau, sûrement un peu. D'abord discuter avec ceux qui vivent à notre porte. Échanger avec ceux qui sans le savoir se nourrissent de notre travail, discuter pour apaiser leurs doutes, chasser les idées reçues mais aussi apprendre d’eux, recevoir, capter les messages. Alors depuis le matin les agriculteurs s’affairent, préparent, mettent tout leur cœur pour que le stand soit accueillant, pour que la ferme montée sur place plaise aux enfants, pour que les animations fonctionnent comme prévu. Ils l’on fait dans la bonne humeur, je le sais, des photos d’hommes et de femmes s’afférant avec le sourire nous venaient régulièrement.
Bien avant que la nuit tombe un message est tombé sur ma petite boite magique, il disait : «  #nuitverte coup d'envoi avec la visite des officiels - B. Delanoë et X. Beulin » une photo accompagnait le message, sur cette photo, les deux hommes pourtant aguerri à ces manifestations semblaient médusés comme si quelque chose de grand, de nouveau commençait. D’autres messages on suivit montrant une tour Eiffel comme posée sur un lit de paille.  D’autres images montrent des enfants émerveillés, des gens appareil photo à la main. Plus tard, sont venu égailler ma soirée de ravissantes jeunes filles très glamour arborant des tenues façonnées à partir du lin cultivé par les paysans ; et oui que seraient Dior ou Chanel sans le travail minutieux des paysans normands. Il y a eu la féérie des eaux dans la nuit, la foule imaginée sur des photos trop sombres, mais c’était mieux ainsi, plus magique, plus réel. Il y a eu la tour Eiffel brillant de mille feux, et cette nuit du vendredi 13, elle scintille  pour les paysans du bassin parisien.  
Samedi matin en me levant, j’ai imaginé mes collègues. Certains sont rentrés chez eux fatigués mais heureux. D’autres déambulaient au petit matin dans les rues de Paris, sortant avec l’aube d’une boite de nuit ou ils sont venus danser pour finir la soirée. D’autres enfin, les plus courageux, s’affairent déjà à démonter le grand barnum. Tous ont la tête pleine des Sun light de la nuit, ils sont, j’en suis sûr, tous fier de ce qui a été fait, fier d’avoir été ensemble, d’avoir communiés un instant avec un monde si proche et pourtant si différent. Demain, ils reprendront leurs habitudes, pour se dégriser, ils feront un tour de plaine, se replongerons dans les réalités du quotidien. Le son du tracteur et de la salle de traite remplacera la musique techno mais la nuit du vendredi treize restera encore longtemps présente.
Je ne sais pas si les choses se sont passées ainsi, je n’y étais pas. Je ne sais pas si le message que mes amis voulaient faire passer sur l’or bleu aura été reçu. L’eau était le fil rouge de la nuit verte. L’eau est avec la terre le ciment de la vie, sans elle la terre n’est que désert. Ensemble avec l’air et le feu ils composent les éléments qui depuis l’origine des temps ont façonnés la nature avec plus ou moins de bonheur. L’homme en apportant sa contribution, génère l’utile, façonne le beau, apporte ce qui manque, régule ce qui est en surplus.  Finalement le message que l’engagement des paysans du grand bassin parisien aura fait passer à qui voulait l’entendre tient dans le proverbe tunisien.
« La différence entre un désert et un jardin, ce n’est pas l’eau mais l’homme »

lien vers la tété "nuit verte" http://www.lanuitverte.tv/  
  
                                                                                  Hervé Pillaud