dimanche 13 mai 2012

Le voyageur de la nuit

Jeudi matin ce pigeon voyageur était bien là, perdu dans mon étable,
j'ai imaginé la suite... 

Je l’ai trouvé ce matin à l’entrée de mon étable. Il dormait là, perché sur un barreau, la tète et le cou posé sur le dos, il a son bec enfoncé parmi les plumes de son épaule : il se repose. Il a dû arriver chez nous dans la nuit ou sur le matin. D’où vient-il ? Je ne sais pas. De très loin probablement il me semble si las. N’a t’il pas présagé de ses forces ? Il faut pour l’heure le laisser dormir. Ce serait dommage que son voyage s’achève avant qu’il ne soit à bon port. Il porte à son pied, juste au dessus de ses ergots,  une bague bleue, elle est épaisse. A l’intérieur, roulé autour de sa patte, un petit papier, un message. Quelque part,  très loin je ne sais ou, une fenêtre ouverte l’attend, il ira s'y poser pour qu'une main douce le caresse puis prend sa patte pour décrocher le billet.
Je le laisse à son sommeil, je fais lever mes vaches pour les conduire à la traite, elles font du bruit sans pour autant le réveiller. Elles passent à coté, indifférentes, elles n’ont de hâte que d’aller vider leurs mamelles gorgées du lait de printemps. L’herbe est riche au mois de mai et le lait est abondant. Quelques unes ont meuglé en passant, dérangées par je ne sais quoi. Il n’est pas l’objet de leurs tourments, elles ne l’on même pas vu, il se fait discret. Il dort encore d’un sommeil profond, profitant des derniers instants de la nuit. Ce moments ou le soleil ne s’est pas encore levé mais ou l’obscurité n’est plus totalement présente. Cet instant entre nuit et jour, dessine la journée. Aujourd’hui, que sera t'elle? Peu lui importe, pour l’heure il se repose.
J’ai quitté mon étable pour aller faire la traite. Je l’ai laissé sur son perchoir de fortune. Je l’ai même oublié, affairé à mon travail. Plus tard, je suis revenu, quand le soleil du levant inonde de lumière la couche laissée vide. J'ai refais le lit de mes Montbéliardes pour le soir. Elles aussi,  ce soir, iront se coucher  tel leur lit sera fait. Lui, la fraîcheur du matin ou le gazouillis des moineaux l'a réveillé,  il est descendu. Il a quitté son juchoir pour rejoindre le sol, son bec s’active maintenant à chercher des moucherons ou quelques graines oubliées dans la paille. Il est reposé et  se restaure pour repartir.
Mais qui est donc cet oiseau messager ? Qu’est écrit sur le papier dans sa bague ? Peut-être  un mot d’amour pour une belle, clin d'œil du passé quand un autre oiseau bleu transporte les messages comme des gazouillis furtifs.  Je ne saurais jamais ce que mon oiseau du matin transportait avec lui. Je l'imagine comme ça, oiseau romantique porteur de bonheur. Il a trouvé chez nous l’hospitalité et la pitance, il est reparti comme il était arrivé, voyageur de la nuit emportant son secret.