dimanche 9 septembre 2012

Que doit la Pitardière à la PAC?

les Montbéliardes de la Pitardières au pâturage  

Quand en 1962 la politique agricole commune se met en place la Pitardiere,  ferme ou je suis né et où je vis depuis toujours, est une honnête métairie. Mes  parents et mes grands parents y produisent de quoi nourrir la famille et vendent le surplus pour pouvoir acheter juste le nécessaire. L’économie de tout et sur tout est de rigueur et les commodités de la vie ne sont que rêves inaccessibles. L’envie de bien-être se fait pressant et seules deux issus s’offrent à mes parents : développer la production ou partir. Partir, quitter le village, gagner la ville,  à l’époque c'est facile, il y a du travail. Développer la ferme est une autre affaire. Il faut prendre des risques, s’engager, entreprendre. Les choix pour les jeunes paysans sont compliqués.
Les besoins alimentaires dans les année d’après guerre sont énormes et les dirigeants européens, visionnaires éclairés ont compris qu’en unissant leurs destinées ils pourraient nourrir leur population sans risquer d’autres conflits destructeurs. C’est comme ça qu’ils ont demandé aux paysans européens de développer leurs productions. La PAC était née. Mes parents ont fait le choix de rester à la terre et de développer leur exploitation. La Pitardière entrait sans le savoir dans la PAC.
Je suis arrivé en 1980 sur la ferme après mes études. La Pitardière était devenue une entreprise. Le matériel y avait largement remplacé les bras et la réflexion prenait de plus en plus le pas sur le travail physique. L'agriculture européenne produit alors largement de quoi donner à manger à nos concitoyens et la politique européenne nous garantie les débouchés : elle contingente ici, réglemente là. Sans elle, certaines années, qu’aurions nous fait de notre lait et de nos grains?
Depuis mon installation, maintes fois les politiques ont évolué, maintes fois j’ai pesté, il a fallu nous battre pour rendre les évolutions acceptables. Nos concitoyens sont devenus exigeants, légitimement ils veulent connaître d’où vient leur alimentation, ils ont soif d’authenticité, de production locale, de beau, de bon. Depuis 1962 les pays d'Europe avancent toujours ensemble  sur ces chemins sinueux. Qu’en serait-t-il si nous avancions seuls ? La Pitardière serait-elle plus compétitive ? Pas sûr !     
Cet été une journaliste : Dorothée Barba, m’a demandé ce que représentait pour ma ferme la politique agricole commune, je lui ai répondu : « simplement d’exister ». En 62 sans perspective ambitieuse qu'auraient fait mes parents? Dans les années 80 quand tout était produit en abondance, que serait-il advenu si nous n'avions pas ensemble changé de cap? Aujourd'hui, quand 27 pays ont uni leur destin, que serait la Pitardière sur la carte de l'Europe sans une ambition alimentaire et agricole partagée? Elle serait minuscule. Point anonyme sans âme perdu aux abords de l'océan.
Hervé Pillaud