samedi 22 septembre 2012

Qu’en pense Vitalia ?

Vitalia meilleure mamelle Montbéliarde : salon de l'agriculture PARIS 2011

 Ce matin je suis allé dans l’étable bien avant que le soleil ne se lève. Les montbéliardes étaient couchées ; beaucoup avaient la tête blottie au creux de leur épaule. Vitalia, elle, ruminait, les deux oreilles tendues, le regard fier et le mufle humide. Ses narines laissaient échapper de longues traînées de vapeur sortant au rythme de ses coups de mâchoires. Je me suis assis à coté d’elle au bord de sa logette. Vitalia se couche toujours dans la première logette en haut de l’étable. C’est comme ça, je ne sais pas pourquoi. J’ai posé ma main sur son cou et je l’ai caressée. Elle a tourné la tête vers moi et je lui ai demandé si ce qu'elle ruminait était bon. Elle a balancé sa tête de haut en bas en faisant pétiller son œil et d’un grand coup de langue elle est venue me lécher le bras. J’ai compris que ce devait être bon.

Vitalia et ses copines, chaque matin n’ont qu’une hâte : venir se remplir la panse de la nourriture toute fraîche que je distribue dans leur auge. A cette saison, chez nous, il n’y a plus assez d’herbe pour envoyer les vaches à la pâture. Dans leur auge, je mets du foin, elles aiment ça le foin. Depuis peu, elles ont aussi du maïs fraîchement récolté en ensilage. Celui de l’année passée est terminé. Nous avons attaqué les parcelles semées en mai. Elles ont droit également à de l’ensilage d’herbe récoltée au printemps. C’est bon l’ensilage d’herbe, bien qu’elles préfèrent le foin, mais en avril quand l’herbe est gorgée de protéines, il n’est pas facile de faire du foin, l’air est trop humide.
Pour produire beaucoup de lait, l’alimentation de mes vaches doit être équilibrée. Il leur faut de l’énergie, des protéines, des minéraux et quelques vitamines. Ce que je mélange dans leur auge n’est pas toujours bien équilibré, ce sont les protéines qui manquent. Sans protéines, point de lait et elles vont être patraques. Alors j’ajoute des tourteaux achetés à la coopérative. Les tourteaux, j’en apporte plusieurs, c’est meilleur, plus équilibré. Il y a du colza, elles n’aiment pas toujours le colza, il est amer. Je ne leur dit pas mais si je mets du colza c’est qu’il est moins cher. On me dit que demain je ne trouverais pas de tourteaux de colza si nous ne faisons plus de diester pour les voitures. C’est dommage, j’aime bien le tourteau de colza et il est moins cher !
Il y a aussi du soja, elles adorent ça. Le soja vient de loin, il a traversé les océans mais je sais d’où il vient. Là-bas, aux Amériques, là ou il est récolté, les agriculteurs peuvent planter ce qu’ils veulent, ils doivent le dire mais aucune semence ne leur est interdite. J’apporte aussi à mes montbéliardes des céréales et celles-là je les connais, je les ai choisies, semées, récoltées et elles attendent au silo pour être distribuées tout au long de l’hiver. Tout ce qui est dans l’auge de mes montbéliardes, je le connais, j’en récolte la plus grande partie dans les champs de la Pitardière. Ce que je ne peux pas récolter vient de la coopérative. Je connais tout ce qu’il y a dans les granulés achetés, tout a été analysé, tous les ingrédients sont écrits sur l’étiquette. C’est du sérieux ma coopérative.

Vitalia s’est levée, elle a allongé son cou et s’est étirée le dos comme je m’étire les bras le matin pour m’aider à me réveiller. Sa mamelle est pleine, ses trayons pointent un peu vers l’avant. Ils sont comme ça quand ils sont gorgés de lait. Elle est belle le matin Vitalia quand elle est prête à aller se faire traire. C’est ainsi qu’elle était il y a deux ans, au salon de l’agriculture quand elle a été sacrée championne mamelle de la race montbéliarde. La plus belle poitrine de France, elle s’en souvient encore. 
Je lui ai dit : « tu sais Vitalia, j’ai entendu ce matin à la radio qu’un homme important avait donné à manger le même soja que tu manges à des rats et qu’ils avaient eu de vilaines tumeurs sur la mamelle, tu t’imagines, sur la mamelle !». Elle est partie en haussant les épaules. Tout en marchant, elle s’est retournée et le regard malicieux,  avec ses mots à elle, elle m’a dit : « ton monsieur important, il a dû rajouter ce que tu mets à nos rats quand ils viennent manger notre grain au silo. Je comprends qu’après, ils n’avaient pas belle allure. » Elle est repartie se faire traire en riant aux éclats.
Si on excepte Vitalia, toute ressemblance avec des faits et des personnes existants est purement fortuite… (Quoique) 
Hervé Pillaud

dimanche 16 septembre 2012

La pitardière La diversité et la vie : son patrimoine

veau juste né dans une prairie à la Pitardière

16/09/2012 le troisième dimanche de septembre est le double rendez-vous, comme chaque année, de l’ouverture de la chasse et de la journée du patrimoine. Je me suis posé la question de savoir ce qu’il pouvait y avoir de remarquable chez nous. Ici à la Pitardière, pas de belles pierres, pas de vestiges des temps passés.
Quoi que, dans le bois « Charrias » au bout de la ferme, il y a bien cette petite grotte que je connais depuis toujours sous le nom de « grotte des farfadets ». Des farfadets, je n’en ai jamais vu même en passant tout prêt certains soirs de grande « virée ». On dit que pendant les sombres événements de 93 des prêtres restés fideles à leur dieu y célébraient la messe pour les paysans des Moutiers. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je me plais à le croire. Elle appartient à mon ami Rolland et depuis toujours nous veillons à son entretien et à son accès pour les marcheurs de nos sentiers.
Revenons à la Pitardière, s’il n’y à pas de vielles pierres, il est un autre patrimoine que nous faisons vivre. Je dis vivre, car je me refuse à simplement le préserver. Ce patrimoine il est fait de champs et de prairies, d’animaux domestiques et naturels, de pratiques ancestrales et de technicités futuristes. Les champs, nous les cultivons de notre mieux pour y sortir la nourriture de nos montbéliardes. Les prairies, elles vont les pâturer tout les printemps et nous y coupons le foin pour l’hiver. Certaines ont été semées, d’autre dans des terrains trop accidentés ou trop humides sont restées naturelles.
Depuis trois ans nous regardons avec le Muséum d’histoire naturelle et l’association « estuaire » comment évoluent les insectes, mollusques ou autres vers de terre sur l’exploitation. Il y en a-t-il de plus en plus, de moins en moins? Je ne sais pas mais en tout cas sans craintes et sans préjugés nous cherchons à comprendre. Chaque matin, en parcourant mes prairies pour surveiller les génisses, je trouve de plus en plus de gibier ? Je m’en réjouis et je me dis que finalement s’il en est ainsi c’est peut-être que nous ne travaillons pas si mal.
Ma fierté, je vous l’ai déjà dit dans ces bavardages, ce sont mes montbéliardes. Elles portent toutes la robe rouge et blanche et immanquablement à chaque fois la tète est toute blanche. Elles se ressemblent toutes dirons les béotiens, mais pour moi chacune est différente, chacune est unique. Quelques unes ont laissées des produits prestigieux, des géniteurs d’exception qui ont essaimés partout de par la France et l’Europe de Tchéquie à l’Irlande et même jusqu’en Californie dans les grands troupeaux de la cote ouest. Ces géniteurs s’appellent Mistouflon, Ojolli, Usrock, Devil ou encore Fairplay qui à fini sa vie dans une taurellerie de Tchéquie. J’ose penser qu’ils seront notre apport au patrimoine génétique de l’élevage.
Je pourrais vous parler de la diversité de notre travail ou se côtoient les gestes séculaires de l’éleveur pour donner la vie à un veau et la vidéo surveillance sur internet pour voir mes vaches de partout ou je me trouve. Je pourrais vous parler de ma jument comtoise qui promène les vacanciers sur le bord d’un verger irrigué en goute à goute assisté par ordinateur. C’est cet ensemble qui,  à la Pitardière comme dans la plupart des fermes de France, fait notre diversité et notre patrimoine qu’il convient chaque jour de faire vivre, de faire fructifier bien plus que de préserver.
Hervé Pillaud