dimanche 11 novembre 2012

J’y étais


Le rêver durant des mois et finalement être là. Au moment du départ, au bout des trois semaines ou l’on a accueilli visiteurs et badauds ; émerveillés et conquis par ces géants des mers préparant leur assaut pour l’Everest marin. Quand on croit tout fini, mais quand finalement c’est un autre départ ; le vrai et l’authentique, celui du grand voyage.
Debout de bon matin, suivre la cohue de ces grappes humaines venu dire au revoir, saluer une dernière fois ces grands aventuriers. Les toucher du regard à l'aube du grand voyage à l’autre bout du monde. Les voir s’éloigner, descendre le chenal, voie royale qui s'ouvre sur l’océan. Cette passe mythique à franchir en vainqueur, un sésame à atteindre, un graal à conquérir au bout du grand voyage.
Juste derrière eux, suivre le sillon laissé par leur machine et au bout de la jetée franchir la barrière, hostile et improbable.  Non sans appréhension devoir  affronter la houle  pour les rejoindre au large. Aller jusqu'à la bouée, zigzaguer juste au milieu de centaines de bateau venu pour l’occasion, venu dire au revoir. Les découvrir en mer, les voir ici chez eux, partager juste un instant leur grand terrain de jeu.
Attendre, attendre encore durant de longues minutes, découvrir les manœuvres, les voir éparpillés et finalement à l’heure tant attendue découvrir soudainement les vingt vaisseaux rutilants se rapprocher du départ. Entendre le décompte et quand la pendule affiche enfin les 13 : 02, voir les vingt voiliers foncer d’un même élan. Alors les suivre, alors les sensations, l’instant que l’on veut un moment suspendu.
Moment à vivre, moment vécu, voguer parmi les vagues, avoir les yeux qui piquent, oublier, oublier tout, simplement être là ; là ou ça se passe. Et puis fourbu content retourner vers le port, tourner un peu la tète pour les voir disparaître, quelques points minuscules au bout de l’horizon. Les géants sont fourmis là-bas dans l’océan. Rentrer au port mais n’avoir qu’une idée : revenir dans quelques mois accueillir un vainqueur : Jérémy, Samantha, François ou bien Armel ?  Peu importe le nom, revenir jusqu’ici  sera déjà être un grand.  
Hervé Pillaud