dimanche 18 novembre 2012

L’enracinement dynamique



« La crise est dans nos tètes : nous prenons pour une cause ce qui est une conséquence ... nous n’avons plus confiance en ce que nous sommes et nous refusons de l’admettre » nous dit Michel Maffesoli sociologue, professeur à la Sorbonne. Le cycle dont nous parle Maffesoti est dans le temps long. Celui que nous quittons, tire ses origines des grands mouvements du 17eme siècle. Il est né du protestantisme et des lumières. Il tient d’un imaginaire profondément basé sur l’individualisme, la reconnaissance de soi, l’utilitarisme. Le futur en est le temps idéal : ce sera mieux demain. C’est le temps de la modernité établis sur la recherche de progrès, l’établissement de projet, la reconnaissance de l’individu. Ce cycle connu son apogée au 19eme siècle, pour finir, nous devrons l’admettre aux alentours de 1960 après le double chao généré par les théories nazis et marxistes que la modernité a enfantée.
La modernité a sublimé l’individu mais a laissé sur le bord du chemin bien des valeurs : l’altruisme, l’empathie, savourer le présent, le partager. Les élites, ceux qui ont réussi, ceux qui savent, ceux qui gouvernent, ceux qui détiennent l’information refusent ce changement. Ce temps que nous vivons, par bien des aspect rappelle celui de la décadence romaine. Le sénat à l'époque de Rome légifére, mais ne régne pas, il produit à tire-larigot des lois déconnectées de la vie réelle. Sans qu’il ne s’en aperçoive, à coté de la société officielle, une société officieuse voyait souterrainement le jour : les petites sectes chrétiennes en étaient les protagonistes essentielles. Leur coup de génie fut de secréter "la communion des saints", ciment qui relia les communautés entre elles. Nous sommes dans une phase semblable : l’état légifère à tout-va, ses règlements sclérosants ne font que repousser l’échéance. La vie se passe ailleurs, les gens s’organisent, entreprennent, vivent. Notre ciment des temps modernes, nous l’avons je pense, il s’appelle internet, sorte de « communion des saints post-moderne » pour relier les communautés, les tribus nouvelles.
« La modernité a vécue, que nous le voulions ou non : le contrat rationnel ne fait plus recette, le pacte émotionnel est à l’ordre du jour » nous dit Michel Maffesoli. Entendre ces mots ici chez nous en Vendée, a généré chez moi un éclaircissement, ouvert une porte mais généré aussi bien des questions. En premier lieu, pourquoi la crise est moins prégnante chez nous en Vendée et dans le milieu agricole ? Je pense que pour l’un et l’autre, les valeurs qui ont fait la modernité on été absentes de ce territoire et de cette profession jusqu’au milieu du 20eme siècle et que « l’émancipation » de la révolution verte et du miracle industriel du bocage vendéen se sont construit sur d’autres valeurs que le matérialisme et l’utilitarisme. Ils sont fait de solidarité, de partage, d’esprit d’entreprendre, de création ; ce sont les mots que nous site Maffesoti pour décrire ce que serons les valeurs de demain, de ce temps qui n’a pas encore de nom que nous appellerons post-moderne.
Alors tout est bien, ce qui était retard devient avant-gardiste. Pas sur, la volonté qui nous a conduit sur les chemins de la réussite peut engendrer une normalisation avec un monde finissant. La reconnaissance peut être individuelle. La réussite peut être accaparée. L’envie peut prendre le pas sur l’accomplissement. A cet égard, je pense que la « crise » puisque c’est ainsi que nous la nommons, est une chance, un garde-fou, une veille qui nous signale que rien n’est acquis. Notre réussite est fondée sur nos racines, sur la reconnaissance d’ou nous venons. La mémoire collective connaît encore le temps d’avant, celui ou nous étions des bouseux, des bredins, montrés du doigts comme ceux qui n’avaient pas su s’extirper des fourches caudines des traditions ancestrales. Sans que nous ne sachions même pourquoi nous en avons tiré les fondamentaux de notre réussite.
Le dynamisme bâti sur nos racines pour savourer ensemble l’instant présent sera je pense le socle du nouveau paradigme qui s’installe. Le personnel sera pluriel. L’homme sera reconnu dans son ensemble, sa multiplicité. Ses différentes facettes devront cohabitées. La création, l’esprit d’entreprendre sera complet, les bagages que l’utilitarisme a laissé au bord du chemin seront repris, ils s’appellent le rêve, le jeu, la fête. L’esthétique, la peau, le beau seront mis en valeur. Il sera frivole de ne pas reconnaître la frivolité. Vivre l’instant présent, la libido collective, le partage d’expériences prendront le pas. Ce ne sera plus le projet qui domine mais le vivre ensemble. Ce sont inconsciemment ces valeurs qui font la Vendée, sa multitude de réseaux, d’associations interconnectés en sont la preuve. Ses traditions de soutien collectif dans la tristesse d’une sépulture ou la joie d’un mariage cèlent sa solidarité. Ses grand-messes festives avant d’être médiatiques qui se nomment Puy du Fou ou Vendée Globe font la Vendée avant-gardiste. 
Jean Yole le poète vendéen écrivait en 1950 : "La modernité : ses fruits sans saveur, ses chômeurs sans espoir, ses citadins esseulés, aspirés à toute vitesse par un futur sans avenir. Nous avons perdu la notion de lieu, et cette perte est à la base de notre désarroi moral"   vision prémonitoire d’un poète éclairé, peut-être quand Maffesoli nous dit de son coté : "il faut toujours écouter les poètes, ils ont le nez creux" 
Hervé Pillaud