dimanche 2 décembre 2012

Instant suspendu


Vendredi 30 novembre 13 :30 le soleil de fin d’automne brille sur la Roche sur Yon. Le moment est bucolique, les rues du centre ville ont un air vintage, juste ce qu’il faut pour se souvenir des années de collège puis de lycées dans ce même quartier, il y a… longtemps. Je rentre déjeuner avec une amie au bistrot du boucher juste à coté du théâtre. Le coin est charmant avec un faux air de faubourg parisien et en fermant les yeux nous aurions pu entendre Cora Vaucaire, Barbara ou Montant nous chanter « Trois petites notes de musique », « Quand reviendra tu » ou « La complainte de la butte ».
Sans que nous le sachions, à quelques années d’écart nous avons passé dans ce quartier du Théâtre de la Roche sur Yon  nos mercredis après midi, quand le surveillant général du collège nous laissait quartier libre. Années tendres, années bénies ou la fin de l’enfance laisse la place à l’adolescence. Nos familles à l’époque se faisaient un point d’honneur à mettre suffisamment d’argent de coté pour nous « payer » des études à la ville, nous apprendre les bonnes manières dans un collège catholique.
Nous ne savions ni l’un ni l’autre que nous avions vécu cette même expérience de notre début d’adolescence. Un élément supplémentaire de nos destins qui sans être commun ont un parcours en bien des points similaires. Nous avons tous les deux des engagements dans la même organisation, nous y partageons les mêmes satisfactions et les mêmes galères. Nous laissons tous les deux un conjoint à la maison qui non seulement partage notre vie mais aussi notre métier et notre ferme.
C’est peut-être tout cela qui a emmené notre conversation sur les valeurs simples de la terre, sur les repas qui chaque jour, sans qu’ils en soit même conscient réunissent les familles de paysans autour de la table familiale. Il y a derriere ces repas tout le savoir faire des femmes de la terre qui avec trois œufs, un peu de farine et beaucoup d’amour vous feront le meilleur des gâteaux. L’instinct qui leur fera préparer un pot au feu pour réchauffer les hommes qui rentrerons du bois en un froid midi d’hiver. Le souci d’économie qui leur fera mettre un peu trop de légumes et de bouillon pour en faire le souper du soir ou du lendemain.
Nostalgie d’un temps révolu, c’est possible à l’époque que nous vivons, ou tout va trop vite, ou nous ne savons plus nous poser. Valeurs et savoir faire à conserver, je le pense, nous le pensons tous les deux. Il y a dans ces savoirs ce qui devra construire la société de demain si nous ne voulons pas quelle nous broie. Ces valeurs se nomment : l’empathie, l’abnégation, le respect de l’autre. Ces valeurs qui font qu'ensemble la vie est belle.

Hervé Pillaud