dimanche 9 décembre 2012

Le retour des jouets brisés




Trente jours, trente jours déjà que les vingt skippers alignés sur la ligne  de  départ le 10 novembre à 13:02 ont quittés les Sables d’Olonne pour y revenir en vainqueur avant la fin janvier. Ils ont désormais rejoint leur terrain de jeux favori dans les grands océans du sud ou il n’y a guère que les grand Albatros des mers australes pour les encourager. Tous n’y sont pas, le terrible challenge qui leur interdit tout accostage ailleurs que dans le port de la baie de Cayola en a déjà contraint sept à l’abandon.
Amertume immense dans la solitude de leur fort intérieur. Seul l’accompagnement de ceux avec qui ils ont bâti ce projet permettra de reconstruire. Ils ont bâti ensemble, ils partagent le même sentiment d’injustice, c’est ensembles qu’ils rebâtiront. Alors, les écumes de la déception laisseront la place à de nouveaux projets, à de nouveaux challenges. Ces hommes et ces femmes sont de la race des conquérants. Se fixer des challenges et les réussir est pour eux une seconde nature. Ils ne sont plus dans la course les Marc, Kito, Louis, Zbigniew, Vincent, Jérémy et Samantha. “Plus dans la course” quatre mots qui claquent dans leur tête comme un coup de massue reçu sur le crane.
Cet après-midi Samantha Davis et Jérémy Beyou ont tenu à rentrer leur bateau à Port Olonna comme pour conjurer le sort : rite initiatique pour un nouveau départ. Samantha sur son rafiot blessé, entre la première. Un petit gréement de fortune offert par les marins de Madère et une minuscule voile rouge lui ont permis un retour difficile vers les Sables. Elle est debout à l’avant de son bateau arborant un immense étendard blanc ou deux cœurs rouges entourent un “Merci de votre soutien, je reviendrai”. Maître Coq lui est toujours aussi majestueux, sa blessure est intérieure. Jéremy peine à sortir du cockpit, le coeur gros, son rêve est brisé, il lui faut reconstruire.   Des milliers de personnes les accompagnent. Nous leur devons nos rêves, nous devons être là pour leur donner la flamme nécessaire à un nouveau départ.
Sur le podium un peu plus tard ils sont venus nous saluer. L’amertume est grande mais déjà dans leur regard le rêve de victoire à venir. Ils ont la rage des winners, le serment intérieur de repartir conquérir d’autres graals les accompagne. La “Jacques Vabre” se dessine dans leur tète, seul de nouveaux challenges pourrons effacer la déception. Jerémy est le plus défait mais quand il prend le micro, c’est pour parler d’avenir, de revanche sur le sort, de nouveau départ. Il veut comprendre, faire que cela n’arrive plus, que ce soit un mal pour un bien. Samantha savoure l’instant présent, celui de serrer dans ses bras les enfants qui l’on soutenue, qui sont venu jusqu’ici lui apporter leur dernier dessin. Réconfort désuet mais si important pour se reconstruire.
Je voulais être là, les voir, les toucher, leur dire mon admiration. Ils m’ont fait rêver lors du départ, l’image des vingt grand voiles alignées au départ dans l’océan déchaîné du 10 novembre restera un souvenir indélébile. D’autres évènements viendrons émailler la course avant que le dernier conçurent ne rejoigne port Olonna. Les jours, les semaines à venir aurons pour eux, pour moi, pour nous, leurs lots de joies et de peines, d'anxiété et d'enthousiasme, de haut et de bas. Ils resteront quoi qu’il arrive pour moi une source inépuisable d’inspiration. Ils sont un peu, si tant est que j’en ai besoin un aiguillon me permettant de moi aussi regarder devant.