dimanche 16 décembre 2012

La crèche


La creche de Boissonet en 2009

Boissonnet : joli nom pour ce minuscule hameau perdu au milieu du bocage de Vendée. Il y avait là deux familles de paysans. Aujourd'hui il n’y a plus de ferme, les terres pas très généreuses sont allées en agrandir une autre. Tout n’est pas perdu, deux jeunes agriculteurs ont ainsi pu s'installer. C’est là que durant quelques années, il n’y a pas si longtemps, nous réalisions chaque noël une crèche vivante, elle faisait la fierté du village. De la mi octobre à la mi janvier elle a pendant toutes ces années animée nos veillées.
D’abord, nous nous retrouvions pour choisir une histoire. Il y a eu celle du quatrième roi mage, celle de la pauvre bergère, l'histoire de l'hotelier pas très hospitalier et bien d’autres encore. A chaque fois un nouveau conte de noël, mais toujours dans le respect de la nativité. Ce n’était pas seulement un spectacle, nous voulions du sens. Noël est la fête de l'enthousiasme par excellence, celui qui permet l’inspiration, celui qui est donnée par le souffle divin, par la présence de dieu.
Chaque mardi soir du début novembre à Noël, nous nous retrouvions une trentaine pour les répétitions, chacun avait son rôle, souvent le même d’année en année. Nous avions nos techniciens, nos couturières, nos scénaristes et tous les figurants. Chaque année, je préparais une génisse qui jouait le rôle du boeuf. Je la choisissais douce et joli. Chaque année mon rôle était le même : rester d’abord caché derrière le boeuf, le rassurer puis venir m’incliner devant l’enfant.
La première était toujours le dimanche qui précède noël, dernier dimanche de l’Avant. Nous assurions une dizaine de séances, deux ou trois par soirée. Sans que nous fassions beaucoup de bruit un bon millier de visiteurs venaient voir. Entre chaque séance, nous invitions les amis à partager avec nous un verre de vin chaud et quelques chocolats. Chacun allait de son commentaire, chacun laissait son obole avec laquelle nous avons acheté des jouets pour les enfants malades depuis qu’un jeune berger rongé par la maladie avait passé son noël à l'hôpital.
J’écris tout ça au passé car la crèche n’est plus, La crèche s’est arrêté il y a trois ans quand Denis le propriétaire de la grange des Boissonets est tombé malade. Denis nous a quitté l’été suivant emportant avec lui le poids de la vie qui ne lui avait jamais fait de cadeaux. Une larme coule sur le papier. Un jour, je ne sais pas quand, la crèche renaîtra. Quand les fantômes de nos souvenirs se seront dissipés, ceux des bergers et des anges qui nous ont quittés. L’enthousiasme reviendra, le vrai, celui du coeur, celui qui nous a porté durant ces années, celui qui fait regarder devant. La grange a été vendue, nous en trouverons une autre. Denis, les bergers et les anges de la-haut  doivent s'impatienter de nous voir reprendre la crèche. Denis, Nicolas et les autres seront ce jour là fier de nous.

Hervé Pillaud