dimanche 10 novembre 2013

Il aurait soixante ans

C'était le onze novembre 1997, cette date restera à jamais gravée dans ma mémoire. Il nous avait invité chez  lui pour fêter son anniversaire, il avait quarante quatre ans ce jour là. Le centre de soins palliatif ou il avait été accueilli quinze jours plus tôt lui avait permis de venir passer le week-end avec les siens. Nous devions être là pour 11 heures et demi précise, il s'était préparé pour cette réception, prenant ce qu'il faut pour apaiser ses douleurs. Il nous ouvrit la porte avec le sourire qui toujours égaillait son visage. Il soufrait mais feignait de le montrer. Son corps, jadis si fort était décharné, son visage pétri par la douleur. Il se tenait malgré tout bien droit, la tête fière, il gardait l'aisance et le charisme du leader qu'il était.
Avec lui et les deux amis qui m'accompagnait ce jour là, nous avions établis des tas de projets et beaucoup bâti. Il était toujours devant, une idée chassant l'autre mais toujours avec la volonté d'aboutir et toujours dans le souci d'amener le plus grand nombre dans le projet. Il savait que l'on ne réussi jamais seul et que le dynamisme n'a de valeur que s'il est partagé. Nous avons vécu dix années durant une formidable aventure. La rivière qui traverse notre village était au centre de nos préoccupations : nous avions besoin de son eau mais nous voulions la garder en bon état. A cette époque pas si lointaine (c’était en 1989) nous pouvions encore entreprendre, l’initiative était encore du domaine du possible, l’envie et l’ambition pour notre pays étaient partagés. Un jour, je vous raconterai cette histoire.
Assis autour de la table, nous voulions l’écouter, l’entendre encore une fois, était ce la dernière? Nous nous refusions à l’admettre. Il pris la bouteille qu’il avait préparé pour fêter ses 44 ans, me demanda de la déboucher et de servir, puis il se mis à parler. Ses mots résonnent encore dans ma tête comme si c’était hier : “c’est la dernière fois que nous nous voyons” nous dit t’il “Il faudrait un miracle pour que je m’en sorte. Cela peut durer quelque jours, quelques semaines tout au plus. J’ai voulu vous voir, j’ai trois choses à vous demander : Je veux que vous mettiez tout en oeuvre pour continuer et pérenniser ce que nous avons bâti. Mon fils n’a pas fini ses études, il doit les finir et pour qu’il puisse s’installer vous cultiverez la ferme en attendant qu’il s’installe. Et pour finir quand le jour sera venu, c'est vous qui me porterez là ou vous savez” Sa voix était douce, calme, aussi déterminée que lors de nos réunions passées.
Six jours plus tard, il nous quittait à jamais. Nous avons satisfait à toutes ses demandes. Traverser le pont ou nous avions élaborer tant de projets pour le conduire là-bas au bout du village ou il repose depuis fut un moment pénible, tant de souvenir et de vrais rigolades remontaient à notre mémoire. Sa ferme nous l’avons labouré et récolté trois années durant sans que personne n’ose convoiter les terres et son fils les cultivent toujours. Cet épisode serte modeste restera peut-être le plus beau souvenir de mon engagement syndical. Ce que nous avions construit ensemble vie toujours sans que personne n’ai à ce jour imaginé de le remettre en cause. Ses souhaits se sont accomplis sans que ce ne soit extraordinaire mais le fruit d’une amitié sincère.
C’était il y a seize ans, ce jour là fut pour moi un jour fondateur. Il nous à transmis dans ces dernières paroles une force indescriptible, une envie de regarder définitivement  devant nous. Ensemble, nous avions vécu durant dix années  une formidable aventure humaine, pour lui elle s'est achevée le 17 novembre 1997 il avait 44 ans, il en aurait soixante aujourd'hui. Pour moi et bien d'autres, il n'est pas vraiment parti, il n'est de jour qui se lève sans que je pense à lui. Il représente une force dans les moments de doute, il me manque pour partager quelques bons moments mais ainsi va la vie. Il s’appelait Vincent, il était mon ami.
Hervé Pillaud
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire