dimanche 6 janvier 2013

Les Vœux de Vitalia


Le soir du premier janvier, vers 10 heures comme chaque soir depuis que je suis éleveur, je suis allé faire un dernier tour dans l’étable. Occasion de vérifier que rien n’est anormal avant que chacun ne s’abandonne à un sommeil réparateur. Je repousse dans l’auge ce qui reste de nourriture, histoire que mes vaches finissent leur assiette avant le lendemain matin. Je vérifie que personne ne soit dans de mauvaises dispositions et que si une ou l’autre de mes pensionnaires est en mal d’amour je puisse lui fournir le meilleur taureau pour le lendemain matin. Tout ceci accompli, je peux partir me coucher en toute quiétude. 
Vitalia, mardi soir, quand elle m’a vu rapprocher la nourriture dans l’auge, s’est levée et est venu manger un peu. Elle a toujours été vorace et elle aime bien venir discuter avec moi comme ça le soir. Pas pour me dire comment se comporte ses congénères, ce n’est pas son genre même si son âge désormais lui permet beaucoup de choses. Mais non, elle n’a pas changée, chacun fait ce qui lui plait, ce n’est pas son affaire. Tout juste si de temps en temps, elle me parle de ses filles et maintenant de sa petite fille. Mardi, Vitalia voulait simplement m’offrir ses vœux, elle est comme ça Vitalia, toujours correcte, toujours avenante et bien intentionnée. Elle m’a ensuite demandé comment je voyais 2013. 
J’ai sorti de ma poche la carte que j’ai envoyée à mes amis. Elle a avancé sa tête et de ses yeux de bovidé ébahis elle a regardé à deux fois l’image avant de comprendre : une montbéliarde qui sort de la mer avec un dauphin pour y replonger en cœur avec lui. Elle m’a regardé, un peu inquiète sur mon état de santé mental, elle s’est demandée si je n’étais pas ivre. Vitalia a beau ne pas être une vache comme les autres, elle voit plutôt les choses au premier degré.  Je lui ai dit : "Lis Vitalia, lis ce qui est écrit à coté de la photo. » Elle a reposé ses yeux sur la carte de vœux et s’est mise à lire et à relire ; puis m’a dit : « ça y est, j’ai compris, ce qui est important c’est de vivre". J’ai voulu ranger la carte et elle m’a dit qu’elle n’avait pas tout compris qu’elle voulait relire encore.
Nous avons ensuite marché ensemble dans l’étable au milieu des autres vaches et Vitalia, en me regardant m’a dit : "Tu a raison Hervé, vivre il faut vivre, rien ne vaut la vie." J’ai pensé à Malraux mais je ne lui en ai rien dit je ne suis pas sur qu’elle aurait compris. Elle a repris la conversation : "Oui, 2013 sera comme les autres années avec son lot de tracas et de réussites, d’échecs et de satisfactions, de déboires et de chances. Les chances il faudra les saisir, surmonter les déboires; les satisfactions il faudra les apprécier, assumer les échecs; les tracas il faudra les positiver et vivre à fond les réussites." J’ai alors pensé que la résolution la meilleure pour 2013 serait de réaliser cela, que oui finalement  c’est sur : "Une vie ne vaut rien mais rien ne vaut le vie…"
Hervé Pillaud (qui s'associe à Vitalia pour vous offrir ses meilleurs voeux)