dimanche 27 janvier 2013

De Phileas à François


Goodbye mister Philéas Fogg, François Gabart vous salut. 78 jours deux heures trente cinq minutes et quarante secondes c’est le temps mis par celui que l’on nomme le Mozart des mers pour parcourir les 24000 mils nautiques qui composent la boucle autour du monde, certes pas au départ de Londres comme le fit Phileas mais des Sables d’Olonne, port d’attache ou l’on veut revenir. Jules Vernes eut-t-il pu imaginer que l’on puisse le faire exclusivement par la voie maritime, peut être, surement même, tant son imagination lucide était débordante. Depuis ce midi le mythe appartient au passé, la réalité à dépassée la fiction, l’impossible est devenu réalité. Bouclé le tour des océans en moins de quarte vingt jours, n’est plus a faire cela a déjà été fait et par deux fois le même jour ce dimanche 27 janvier 2013. Le futur est du passé en préparation, il suffit d’attendre. 
Ont-t-ils eu ce rêve fou dans un coin de leur tête, François et Armel : faire mieux que Phileas Fogg? Était ce pour eux un graal à conquérir, je ne sais pas ! Surement un peu, mais leur objectif premier, le 10 novembre à 13 heures 02 dans la tourmente de la baie de Cayola était de revenir en vainqueur, entrer dans le chenal sur la proue du bateau. À bout de chaque main, tenir une fusée, transformer cet objet de détresse en torche de victoire, les brandir en vainqueur et les tendre à la foule. François est rentré il l’a fait, Armel va le suivre. Il ont franchi la ligne, le rêve est accompli. L’aboutissement est là, mais l’un a la victoire et l’autre ne l’a pas. Les deux ont le sourire, les deux ont la fierté. Les yeux bleus de l’un pétillent de milles feux, il est entré en héros par le chenal, voie romaine du sacre d’un Rubicon franchi.
J’étais là ce midi avec des milliers d’autres. J’étais là pour les accueillir, voir s’écrire la légende, y participer un peu. J’étais là au départ, il y a quelques semaines juste à leur coté dans le fond de la baie. Les accompagner un instant, vivre les sensations, juste un peu, juste ce qu’il faut pour accomplir un rêve. Un rêve qu’on s’est fixé juste pour vaincre nos peurs. Puis les voir s’éloigner, les suivre chaque jour, partager leurs déboires, contempler leurs exploits et puis s’en imprégner. Se dire que quelque part tout ça est irréel. Être là ce midi, voir un tout petit point au fond de la baie, tout petit, tout petit ; qui grossit, qui grossit. Un point qui devient forme, un bateau se dessine dans la mer agitée. Il est là devant moi, l’exploit est accompli, la légende est écrite.
Entendre le canon dans la mer déchainée, il a franchi la ligne  par un vent de travers au bout de la jetée. Petit point dans la brume à d’abord disparu, puis est réapparu, la voile bleue au portant sans une ris, déployée. Attendre, attendre un peu qu’il veuille bien rentrer, et le voir majestueux bel oiseau jaune et bleu, aborder le chenal au milieu de la foule. Remonter avec lui, le regarder encore et soudain venu des hauts parleurs, le chant d’une sirène, la voie douce et pur d’une cantatrice. Un Ave Maria accompagne François comme une protection, comme un remerciement.      
Me dire à cet instant que ce sont des géants, que je suis tout petit. Me dire à cet instant que parce qu’ils ont osé, ils ont réussi. Me dire que moi aussi il me faudra oser si je veux réussir. Regarder les obstacles et les trouver bien haut. Regarder les obstacles et les appréhender. Regarder les obstacles, mais en tournant la tête parce qu’ils sont franchis. De Phileas à François il est là le pari. Qu’on soit grand ou petit, notable ou inconnu, rêver de s’accomplir, le rêver pour soi même et aller le chercher. Rêver et accomplir ce qui n’est plus un rêve, et de là se grandir.

  
Hervé Pillaud