dimanche 3 février 2013

Un œil dans le rétro


Retour à Mareuil des adherents FDSEA 85 après la manif du 16 janvier 2013

Il y a un an, je vous écrivais « Dimanche de neige à la Pitardiere ». Dans la nuit du samedi au dimanche 5 février une belle couche de neige avait recouvert les champs, le temps était comme suspendu, moment magique, instant que l’on veut éternel mais qui n’est qu’éphémère. La neige a fondu, depuis beaucoup d’eau a coulée sous le pont de Mareuil. Ce dimanche 3 février 2013, le temps est au redoux, juste une petite gelée ce matin comme pour nous rappeler que nous sommes encore en hiver. Ce dimanche 3 février, je me pose à nouveau, je regarde les semaines passées, les semaines employées à construire avec les paysans de Vendée un projet que nous voulons ambitieux pour l’agriculture de notre département. Que sortira t’il cette semaine des urnes ou moi et mes collègues avons déposé nos bulletins de vote pour les élections aux Chambres d’Agriculture? Je ne sais pas, nous verrons bien. Le temps qui s’est écoulé depuis septembre jusqu’aux derniers jours de janvier a eu son lot de belles rencontres, d’amertumes et de satisfactions.
Les belles rencontres c’est d’abord en sillonnant la campagne, celles des agriculteurs qui ont tous leur avis sur  l’agriculture de demain. C'est avec eux que nous avons façonné notre projet. Les belles rencontres c’est sur la toile d’autres gens, agriculteurs ou non avec qui j’échange et qui m’aident à me construire car rien n’est jamais achevé. Des gens intéressants, j'en découvre chaque jour via les réseaux sociaux et j’ai toujours envie de les rencontrer dans la vrai vie. Les belles rencontres c’est aussi dans le cœur d’une étable des animaux bien soignés, bien au chaud, ruminant les oreilles tendues, calmes et bien portants. J’aime à les regarder et à travers ces animaux resentir toute la fierté que l’éleveur met à les élever.
L’amertume c’est d’abord de voir dans l’œil de cet éleveur l’incompréhension et la peur face à des inquisiteurs tatillons qui ne cherchent qu’a traquer la faille au règlement qu’ils vont pouvoir débusquer. Surement pour eux un gage de reconnaissance mais ils ne verront jamais tout l’amour que l’éleveur a mis dans son travail. L’amertume c’est de voir défiler sur ma timeline les infamies d’hypothétiques opposants à notre projet, ils peuvent penser différemment bien-sur mais est ce une raison pour vomir en permanence injures et quolibets. Ils sont le plus souvent cachés sous un faux nom ou un pseudo aussi hasardeux qu’anonyme. L’amertume, c’est de découvrir le premier magistrat de notre chef lieu qui n'a vu dans le rassemblement de nos milles tracteurs à la Roche sur Yon le 16 janvier que les quelques imbéciles qui ont abimé ses pelouses. Il n'a chercher à voir que ce qui avait dérapé, faisant fi du soutien que les paysans étaient venus chercher.
Mais que pèse tout cela à coté des satisfactions de voir réunis au Sables d’Olonne, le 31 octobre dernier, sept cent de mes collègues engagés chacun dans leur commune. Ils sont venu communier l’espace d’une soirée avec les aventuriers de la mer, leur dire que si nous traçons chacun notre sillon, notre volonté est d’aller ensemble dans la même direction. Que pèse l’amertume face à la découverte de la photo de tous les tracteurs alignés sur le parking de Mareuil, au retour de la manifestation du 16 janvier, envoyée par les agriculteurs de mon canton. Ils m'ont témoignés leur fierté d’avoir participé à quelque chose de fondateur. Que pèsent les aigreurs ressenties à la lecture de certains écrits sur papier glacé bien propre, comme pour faire encore un peu plus mal, face à la profession de foi que nous avons construite avec les avis de centaines d’agriculteurs de Vendée, pas grand chose !
Ce premier dimanche de février assis comme l’an dernier devant mon ordinateur, je ressens la même quiétude, le même apaisement. Quoi qu'il arrive, dans les jours qui viennent, pour moi une page va se tourner, nous en reparlerons. Ce matin comme il y a un an, Vitalia et ses amies sont bien au chaud dans la paille de leur logette. Éclair a fait son dernier tour auprès des veaux, des oies et des canards, il est rentré au chenil ou il avale goulument une bonne dose de croquettes. Hermine a eu son quignon de pain dur, elle s'est posée le nez au vent face à l'ouest pour respirer l'air venu de l'océan. Le calme d'un dimanche matin d’hiver règne sur la Pitardiere. Je suis bien au chaud regardant par la fenêtre quelques moineaux fouillant la terre pour y trouver les miettes jetés là. Tout est en ordre, dans l'étable, le silence s'est instalé, tout le monde a bien mangé et maintenant se repose. Je vois le jour s'éveiller sur des champs endormis de la Pitardière. Je peux contempler le travail que je pense bien fait, c’est peut être ça le vrai bonheur, en tout cas c’est ma fierté de paysan.
Hervé Pillaud