dimanche 17 mars 2013

Le vieux paysan et l'enfant


Il reste assis là, sur une pierre ronde; 
rocher de granit gris, émergeant du coteau.
A longueur de journée, il égraine le temps;
l'échine torturée par le poids des années.
Il a travaillé dur, toute sa vie durant;
cette terre est la sienne, il a su la dompter.
Il connait chaque champ, il connait chaque pré;
chacun a son histoire, lui rappelle quelque chose.
Les mains sur le pommeau du brin de prunelier
arraché de la haie et finement taillé;
il regarde devant lui sans que l’on ne sache ou.
Les vaches autour de lui, le nez dans l'herbe grasse 

s'affairent du museau, écartant la rosée;
à grand coup de langue, elles paissent la verdure.
Les veaux suivent leur mère, jamais loin du bon lait.
Le vieux les connait toutes, il sait qui est à qui;
chaque mère a son veau, chaque veau sa maman.
Il sait quand ils sont nés, il sait qui est le père;
connait même la famille à dix générations.
Un enfant l’accompagne, courant dans la prairie;
les vaches le voit à peine, il ne dérange pas.
Il saute le ruisseau, retombant au milieu.
S’approche du grand père, s’assoit sur ses genoux;
le bras autour du cou, lui demande tout bas :
Que fait tu là grand père à longueur de journée:
Je regarde et j'écoute lui répondit le vieux.
Je regarde les bêtes qui apprécient le pré.  
J’entends l'herbe qui pousse, écoute bien petit.
Écoute l’herbe des près et entend le printemps.
L'herbe chante quand elle pousse au printemps.

Hervé Pillaud