mercredi 1 mai 2013

Plaidoyer pour un cerisier en fleur


Il est 13h30 notre avion atterrit à Icheon : « international airport of Séoul. » un peu perdu après douze heures de vol et sept de décalage horaire nous entrons dans un autre monde. On nous avait promis une claque si nous regardions ce pays avec nos yeux d’occidentaux, ce sera le cas. On nous avait dit d’essayer de comprendre pour envisager l’avenir, nous avons essayé. On nous avait dit si vous encaissez la claque et si vous essayez de comprendre vous serez séduit, je le suis. Qu’avons nous vu? Beaucoup de choses difficiles à décrire tant tout est diffèrent sous des apparences identiques. Séoul est un vaste quartier de la Défense sur des milliers d’hectares. Nous pensons de prime abord que notre modèle occidental y est une copie plutôt réussie. La réalité est autre chose, ce pays est celui de l’excellence industrielle, il a l’intelligence pour richesse et de fortes valeurs pour le guider. Je vais essayer dans les lignes qui suivent de vous décrire ces trois éléments.
L’excellence industrielle, nous la trouvons partout dans les ateliers que nous visitons, là ou nos avions imaginé ne trouver que de pâles copies exportés à vil prix nous trouvons des réalités pensées, réfléchies et construites sans rien laisser au hasard. Tout est mis en œuvre pour que le produit fini soit parfait. Pour réaliser cela l’homme doit être présent mais pas accablé : son travail ne serait pas efficace. Les robots sont omniprésents non pas pour se substituer à l’homme mais pour l’accompagner. Au début, quand on nous le dit, nous croyons à la supercherie, à une justification de circonstance, nous voyons ça avec notre œil d’occidental.  De Samsung Techwin, la branche armement du chaebol que nous avons visité au chantier STX de Changwon une constante, le produit doit correspondre aux objectifs définis en trois point : en qualité, en quantité et en respect de la date de livraison. Pour réussir ce chalenge, chacun y apporte sa pierre, l’objectif final est un objectif commun. On est dans l’entreprise car on croit dans l’entreprise et tout le monde du directeur général au manutentionnaire y porte la même tenue : l’identité et l’appartenance font leur fierté. Écrit en Hangeul, l’alphabet local, au fronton d’un atelier, ces mots affirmés : « Il n’est de richesse que d’homme. »
Si nous devions résumer en une phrase leur secret, je pense que c’est dans cette formule que nous trouverions la vérité. Les hommes sont leur richesse, ils n’ont pas de minerais dans leur sol, ils n’ont pas d’énergies fossiles à disposition, leur prospérité est liée à l’intelligence, au travail et au pragmatisme. L’intelligence est le gage de la créativité : « il y en a qui regarde ce qui existe et demande pourquoi, moi je rêve de ce qui n’existe pas et je me dit pourquoi pas ? ». Pour réussir, d’abord étudier, étudier beaucoup, étudier longtemps pour chercher, comprendre et mettre en œuvre. Étudier partout, à l’université qui est en prise directe avec l’entreprise, mais aussi étudier dans l’entreprise pour être plus efficace, pour accomplir des taches plus valorisantes, pour faire avancer l’ensemble. La conception même du travail est différente, ce n’est pas une contrainte c’est un accomplissement, dur à comprendre pour un esprit occidental. Ces gens n’ont pas plusieurs vies successives entre la contrainte du travail et la jouissance des loisirs, ils ont une vie qui doit leur permettre de s’épanouir. Dans le métro, de Séoul à Changwon personne ne court, tous ont le sourire et vous saluent. Ils sont réellement heureux, je le pense. Ils ont leurs soucis comme nous c’est sur, mais les valeurs sur lesquelles sont fondés leurs convictions les font toujours regarder devant. Mettre du cœur à ce que l’on fait, oser, et avancer sont leurs leitmotivs.
Ces convictions, ces capacités sont portés par des valeurs fortes : le respect, l’humanisme, la loyauté, la fidélité, la sagesse et le courage. La philosophie confucéennes fondée sur ces valeurs transpire de partout.  Alors pourquoi n’ont elles pas permis à ce peuple de se développer plus tôt me direz vous ? C’est là tout autre chose, ce serait très long de l’expliquer, je ne peux si cette histoire vous intéresse que vous conseiller «  L’histoire de la Corée » de Pascal Dayez-Burgeon. La Corée jusqu’en 1950 fut d’abord sous l’emprise de ses voisins chinois et Japonais et ensuite en proie aux convoitises américaines et russes la laissant dans une situation de misère. Elle était en 1960 parmi les dix pays les plus pauvres du monde ils on en fait aujourd’hui un des pays les plus riche. Le triptyque qui a permis cela est le suivant : organisation, structure de production, système éducatif fondé sur les valeurs philosophiques enseignées par Confucius. Ces valeurs leurs ont permis de passer les décennies difficiles et aujourd’hui sont le ciment de leur développement. Alors me direz-vous maintenant ils ont atteint une situation confortable, ils vont faire comme les autres et en profiter. Certes mais les valeurs qui les guident sont celles de l’être et non de l’avoir.
M’est revenu à cet instant ce que m’avait dit Fernand Girard, le père de l’enseignement agricole moderne en parlant de la réussite sociale : « ils ont mais sont t’ils ? » Des coréens, je crois pouvoir dire qu’ils ont parce qu’ils sont. Ils sont car la possession n’est pas un but en soi. Ils sont les valeurs qui les guident sont celles de l’être : l’altruisme, l’empathie, savourer le présent, le partager. Le socle de le leur paradigme est spirituel, les outils ne sont que des moyens, la Samsung Tab de « Petite Poucette aux yeux d’amande » est un outil qui lui permet la réalité augmentée au musée, elle en sortira avec un peu plus de savoir. La tablette lui permet d’être en permanence avec petit Poucet mais aussi avec son poste à l’atelier, au bureau ou son cours à l’université. L’assistant numérique est là pour lui faciliter la vie, il est en elle dès son plus jeune âge et lui permet de faire s’épanouir tout son être. Nous sommes arrivé au pays du matin calme quand les cerisiers sont en fleur, ils le resteront longtemps et porterons de beaux fruits. Ils ont l’exportation dans les veines, puissent t’ils nous envoyer ces cerisiers non pas pour les greffer dans nos champs mais bien plus encore dans nos têtes. Ils nous ont accueilli avec des fleurs et des arguments, quoi qu’il arrive, je ne les oublierais pas.
Hervé Pillaud