dimanche 12 mai 2013

Les tweets du printemps dans mon étable

Journée de printemps 

Dimanche matin dans mon étable, il est six heures et demi je suis en retard, pas encore réveillé d'une nuit trop courte et d'une soirée trop arrosé. Le soleil rouge pointe derrière les bois, déjà à peine décime t'il  les ombres de la nuit,  qu'il est fort, bien trop fort. Les restes de punch et de rosé pamplemousse me résonnent dans la tête. Envie de calme et de silence, pas envie de twitter, encore moins d'entendre twitter. Et pourtant ils sont là et ils tweetent et ils tweetent. Qu’on t'ils de si important à se dire les moineaux qui sortent du nid.
Depuis que nos vaches ont gagné la pâture, ils ont envahi chaque poutre de l'étable. Ils y ont installé leur nid de brins de foin et de paille. La femelle déjà y dépose ses œufs, le moineau recherche en bas dans la litière insectes et vermisseaux. Du bas vers le haut et du haut vers le bas, ils se tweetent et retweetent.
Le soleil monte un peu derrière la haie, petit à petit les vapeurs se dissipent, les piafs à côté tweetent encore et toujours. Ils se sont posés sur le toit et font la conversation. Un roitelet sorti d'on ne sait où se dit pourquoi pas moi. Son tweet à lui est aigu et strident, juste ce que l'on ne veut pas en ce genre de matin. Lui aussi a des choses à dire, alors... il tweete dans son langage à lui, ne m'en déplaise.
Le soleil est maintenant tout rond, c'est sûr le jour est levé, je dois me résigner à ne plus dormir. Mes friquets se sont envolés vers la prairie, ils cherchent dans la rosée du matin quelques vers de terre sortis prendre l'air, ils serviront de becquée tant-pis pour eux. Un pierrot, la proie dans le bec, tweete encore: "j'ai trouvé un gros ver de terre". Même ça ils veulent le dire, et l'autre bennais trois brins d'herbe plus loin de lui répondre "moi aussi j'en ai un"
Mon oie dans sa lagune y va alors de son couplet. Son tweet est majuscule, puissant, déterminé. Il dit sèchement au su et au vu de tout le monde : "ou est tu" en mentionnant son jars. À l'autre bout de la mare en étendant son cou il lui répond "j'arrive". Secouant la tête pour se réveiller, il regarde d'un œil coquin la petite oie sauvage avec laquelle il a passé la nuit et s'en va discrètement. Mon oie maintenant parmi les moineaux cherche sa pitance, elle ne tweete pas, elle se défoule en courant dans la prairie. Elle n'est pas dupe, elle a compris et ne veut pas faire le tweet de trop.
Le soleil a pris de la hauteur dans le ciel, les moineaux sont repus de nourriture, rentrent vers le nid et enfin tweetent un peu moins fort. Sur le bord de l’étable, sur une vielle poutre qui les accueille depuis des années une hirondelle se pose au bord de son nid, un vermisseau dans le bec. Ses petits à peine éclos, le bec grand ouvert tweetent avant d’avaler la pitance. Je me dit alors que dans leur tweet quelque part dans leur 140 signes à eux il y aura le hashtag #mercimaman et là bien réveillé, je ferme la porte de l’étable, heureux pour la journée.
Hervé Pillaud