samedi 22 juin 2013

Vitallia m’a dit : il faut que tu y aille !

Notre troupeau à la Pitardière
Ce matin juste avant que le jour ne se lève je suis allé voir Vitallia. J’aime regarder mon troupeau de bon matin, à l’heure ou le jour est à peine là mais ou la nuit est déjà parti. Elle dormait paisiblement couchée sur l’herbe dans le pré juste devant la maison. Elle a levé la tête et m’a demandé : « Que fait tu si tôt un dimanche matin, d’habitude le dimanche tu nous laisse encore une heure avant la traite. »
Je lui ai dit que je partais à Paris pour la journée. Elle a secoué la tête et un peu ronchon, elle m’a dit : « Tu part à Paris ! Un dimanche, et tu me laisse là. D’habitude quand tu montes à Paris le dimanche, c’est au salon de l’agriculture et tu m’emmènes. »  J’ai dit à Vitallia que je montais pour autre chose, que ce n’était pas une fête comme le salon, enfin pas vraiment. « Pas vraiment, mais un peu quand même » a t’elle rajouté avec un petit sourire malicieux. « Tu monte faire la fête à Paris pour la journée, hein ! »
Alors j’ai pris cinq minutes pour expliquer les choses àVitallia . Je lui ai dit que son lait n’était plus très bien payé, que c’était difficile, que mes amis qui avaient des porcs, de la volaille et des lapins n’étaient pas mieux lotis. Je lui ai dit que tout devenait compliqué, qu’il me fallait tout justifier, pourquoi je mets de l’engrais ici, du désherbant là. Il me faut indiquer ou j’épand son fumier, qu’il me faut signaler la moindre piqure quand elle était malade. « Je comprend, me dit elle, tu en a ras la casquette et tu va manifester là-bas ! »
Oui je vais manifester, Vitallia mais dans la bonne humeur pour dire aux gens qu’ils doivent y regarder de plus prêt, que notre métier n’est pas un jeu, que nous avons de beaux animaux dans nos troupeaux, que c’est une richesse pour notre pays. Elle a redressé la  tète, fière de faire parti des beaux animaux. Je lui ai dit que surtout nous voulions discuter avec les gens de la ville. « Ils vous aiment bien les gens de la ville, me dit Vitallia, je le vois chaque année au salon, ils viennent tous me caresser, même qu’à la fin c’est un peu barbant, mais ça leur fait plaisir ! »
Elle m’a dit « Il faut que tu y aille, il faut que les gens sachent que ton métier est beau, que tu veux en vivre. Et puis zut ! a t'elle rajouté, moi non plus, je ne veux pas travailler pour rien. Je veux retourner à Paris, je veux retourner concourir avec mes copines de Franche Comté. » Me regardant dans les yeux, elle a insisté : « Dit leurs que l’élevage c’est sérieux, que c’est l’affaire de tous, que ce doit être une cause nationale. » Elle est comme ça Vittalia et en se relevant elle a rajouté « Dépêche toi, il faut que tu y aille! »   
  Hervé Pillaud

dimanche 16 juin 2013

Écrire pour toi papa !

"Le silence a le poids des larmes" louis Aragon 
Écrire ce matin, mais trop de douleur en moi.
Écrire ce matin, expurger la haine qui est en moi.
Écrire que je lui en veux au salaud qui t'a fait ça.
Écrire ce matin, un seul mot suffirait : pourquoi?

Écrire que c'est injuste, que tu n'a pas mérité ça, papa.
Écrire ce matin  pour toi , ce sera la première fois, papa.
Écrire mais écrire quoi? Que ce jour est pour toi papa.
Écrire que ce matin, j'aurai aimé aller te voir papa.

J'irais te voir dans ton dernier jardin la bas.
Je ne te dirais pas grand chose, c'était toujours comme ça.
J'écouterais tout bas ce que je veux entendre de toi.
J'imaginerais ce que tu ferais si c'était toi qui était là.

Tu aurais toi aussi eu la colère en toi, sûrement bien autant que moi.
Tu l'aurais maudit, tu n'aurais pas eu de mots assez durs pour ça.
Tu aurais fini par pleurer toutes les larmes de ton corps.
Tu te serais apaisé et de longues minutes durant, tu n'aurais plus rien dit.

Alors levant les yeux, te reprenant tu me dira :
"Le juger il le faudra, mais il y a une justice pour ça.
Toi, il faut que tu pardonne et tu pardonnera."
Tu étais comme ça et je garderai cela de toi papa!

Hervé Pillaud

Dimanche dernier, mon père faisait une mauvaise rencontre sur la route. Lundi soir juste  avant les douze coups de minuit, il a quitté ce monde.
Aujourd'hui, c'est la fête des pères et mes deux grands garçons vont venir me dire : "Bonne fête papa!".