dimanche 8 décembre 2013

Un moment de grâce





"j'avais plus à perdre en perdant ma joie qu'en perdant mes jambes"
        Dorine Bourneton
J’ai suivi hier en streaming le TEDxWomen des Champs Élysées. Pour qui ne connais pas les TedX, ce sont des conférences qui se décrivent comme des “propagateurs d’idée”. Ces conferences sont le plus souvent disponibles sur les sites des organisateurs http://tedxchampselyseeswomen.com/ et les meilleurs moments sont repris sur le site de TED http://www.ted.com/. Un TEDx Women apporte une touche de sensibilité, d'émotions et de détermination que des femmes aussi extraordinaire que celles qui avaient été choisis peuvent exprimer mieux que quiconque. Elles étaient toutes passionnantes, elles se sont enchaînées harmonieusement dans un décor à la fois sobre et chic, belle représentation du raffinement parisien. Mon seul regret, ne pas y assister en live, la raison ne me permettait pas cette fantaisie. Pour me consoler, j'ai pu renvoyer à souhait sur les réseaux mes émotions et mes découvertes.

J'ai bien aimé les speakerines qui se sont succédées : Sarah Sauquet qui a trouvé le moyen de faire aimer Boileau et Rousseau aux enfants, Marie Bonnet qui a osé faire de la peur un moteur contre vents et marée, Audrey Neveu qui veut apprendre les enfants à coder dès l'école, bien lui en prend. Claire Cano jeune entrepreneure nous a apporté tout son enthousiasme décidant une fois pour toute qu'elle était fière d'entreprendre en France. Je me suis revu une semaine plus tôt aux Sables d'Olonne en entendant Capucine Trochet jeune navigatrice, je n'ai pu m'empêcher de penser à "Voiles des Anges", coup de coeur du jury des Vendée Digital Awards. Je n'oublierais pas Audrey Chenu et son témoignage qui force le respect et émeut aux larmes, son témoignage fait parti de ceux que l'on oublie pas. Elles m'ont toutes séduit et convaincu. Celle dont je veux vous parler, elle a à mon sens sublimé la soirée s'appelle Dorine Bourneton . 

Je veux essayer de vous retransmettre ce que j'ai ressenti en l'écoutant. L’intensité de ses propos, le charisme qu’elle dégage, la volonté qui est la sienne rendent accessoires tous nos tracas du quotidien, non pas à cause de son handicap, ce serait du voyeurisme mais par sa capacité à sublimer des mots comme engagement, empathie ou encore altruisme. Sans qu’elle ne les ai jamais énnoncés, ces mots qui représentent les valeurs qui construirons demain apparaissent de façon subliminale dans ses propos. Dans sa bouche chaque obstacle devient un challenge, le handicap est transformé en opportunité, la joie de vivre est érigée en principe. Fille passionnée, elle a épousé la passion de l'aviation de son père. Un grave accident d’avion l'a contraint un jour à se déplacer en fauteuil roulant. Après avoir décrit les circonstances qui l’ont conduit dans sa situation, elle affirme avec des mots qui sonnent aussi juste que son sourire : “J’ai alors décidé que même sans jambes, ma vie sera telle que je l’ai imaginée. On ne va tout de même pas se laisser emmerder par des jambes”. 

Elle aurait pu détester l’avion après son accident, elle prend des leçons de pilotage et devient pilote. Elle aurait pu choisir de garder ça pour se détendre, elle en fait un métier et se fait confier des mission. Elle sait les contraintes que génère sa situation, elle fait adapter les postes de pilotage pour permettre aux paraplégiques de piloter. Un jour elle décide de devenir instructeur, là on lui fait savoir que pour un tas de raisons c’est impossible. Impossible : ce mot est juste inaudible à son oreille. Elle part aux Etat-unis pour retrouver un ancien combattant du Vietnam qui a réussi le challenge. Il lui fera confiance et ensemble ils réussiront! “La-bas on nous appelle le gang des paraplégiques” nous dit t'elle. Dorine, dix huit minutes durant enchaîne les mots avec un sourire qui la rend séduisante à souhait. Elle respire la fraîcheur, son visage est beau, son corps assis n’est que grâce, on en oublie le fauteuil, il n’est qu'accessoire.

Quand elle nous dit “En fait mon vrai handicap, ce n’est pas mes jambes, c’est ma timidité” on croit rêver mais que le rêve est beau! 
Dans un aplomb aussi magnifique qu'improbable elle nous dit : "J'avais plus à perdre en perdant ma joie qu'en perdant mes jambes" quel bonheur, un ange passe, un moment de grâce nous envahi! 
Merci Dorine, votre témoignage c’est Noël avant Noël!  

Hervé Pillaud