dimanche 16 mars 2014

Réapprendre à rêver pour inventer demain !

Au moment ou l'on fête  les 25 ans du World Wide Web, cette invention géniale de Tim Berners-Lee qui a transfiguré Internet, je veux revenir dans ces quelques lignes sur ce premier livre de Gilles Babinet. L’êre numérique, un nouvel âge pour l’humanité, cinq mutations qui vont bouleverser notre vie et essayer de voir avec vous pourquoi l’agriculture ne sera pas en marge de ce bouleversement et peut même en être une composante essentielle. Gilles Babinet  multi-entrepreneur français est digital champion pour la France auprès de Nelly Kroes, la commissaire européenne chargée du Numérique. Il a été nommé à ce poste par la ministre déléguée au Numérique Fleur Pellerin, cette nomination fait suite à son élection le 27 avril 2011 comme premier président du conseil national du numérique créé le même jour par Nicolas Sarkosy. C’est grâce à un très bel article de Nicolas Bordas sur son blog "L'idée qui tue" découvert sur twitter grâce à mon amie Cynthia Kari (merci Cynthia) que j’ai pu découvrir ce premier ouvrage et même rencontrer son auteur. Je ne veux pas revenir sur la description du livre, Nicolas Bordas l’a très bien fait et je ne peux que vous inciter à cliquer le lien #lejourdupenseur. Vous y trouverez j'en suis persuadé suffisamment de motivation pour vous procurer ce livre et le dévorer tant il est convaincant par des mots aussi simples que précis. Chaque page lue nous incite à la tourner pour découvrir ce qu'il y a plus loin. 


Une autre organisation qui nous est familière! 
Le fait propre à la révolution numérique, nous dit Gilles, est qu’elle entraîne toutes les autres disciplines. Avec l’ère digitale, l’humanité connaît une révolution complète de la connaissance. La révolution numérique donnera les gains de productivité dans le secteur tertiaire que n’a pas permis la révolution industrielle. Un point important, même essentiel que j’ai découvert à la lecture de ce livre est le fait que la révolution numérique va voir la transformation du taylorisme qui à fait la réussite de la révolution industrielle. Le taylorisme fondé sur une organisation très hiérarchique du travail forge l’organisation de notre société. Il a permis des gains de productivité énormes au cours du dernier siècle mais il a atteint ses limites, étant une des composantes majeures de la montée structurelle du chômage et des crises à répétition. S’il est désormais acquis que ce n’est pas une crise que nous vivons mais une révolution, on ne peut le concevoir sans remettre en cause ce modèle d’organisation. C’est là je pense le premier point ou l’agriculture ou plutôt l’organisation de l’agriculture a une véritable opportunité : l’agriculture a connue sa véritable révolution en France mais aussi dans bien d’autres pays au cours des années soixante sur un autre modèle. Des responsables visionnaires à la FNSEA et aux Jeunes Agriculteurs ont favorisés le développement d'une l’agriculture de groupe avec son lot de coopératives, de CUMA, de groupes de vulgarisation et d’innovation. Ce n'est pas très éloigné du modèle qui tend à se définir dans d’autres secteurs professionnels. Nous avons mis en place cette organisation de façon très verticale, "agricolo-agricole", diront certains, nous devons juste lui associer d’autres compétences, d’autres disciplines pour faire perdurer ce modèle. Nous devrons oser dire à nos consommateurs-clients Devenez "consommacteurs", venez co-construire avec nous l’agriculture de demain! Durant les cinquante années qui viennent de s’écouler, les agriculteurs ont construit leur émancipation sur ce modèle, nous conférant une sorte de leader-ship. Notre savoir-faire et  notre maturité doivent nous permettre cette ouverture.

Osons le partage!
Le deuxième point fondamental que j’ai ressorti de ma lecture est l’enjeu de la production de la masse de données (big data) que génère le numérique et l’utilisation qui peut en être faite. Eric Schmitdt le chairman de Google estime que nous produisons en deux jours, depuis 2003, autant de donnée que l’humanité en à produit entre le début de la culture humaine et 2003. L’agriculture et plus globalement le monde du vivant que nous maitrisons en partie, produit une part substantielle de ces données. La structuration de nos organisations que nos pères ont mis en place, nous donne une place privilégiée pour regarder ce qui peut être fait de ces données et organiser comment les mettre en valeur. Il ne s’agit pas là de revendiquer telle ou telle propriété mais bien d’être les animateurs, les régulateurs et les initiateurs de l’exploitation de ces données. Nous devons dans un premier temps comprendre les enjeux, organiser leur mise à disposition et orchestrer leurs valorisations. Nous ne pourrons pas le faire seul mais nous avons la main pour en tirer le meilleur parti et si tant est que nous nous souvenons encore de la philosophie qui anima nos pères pour faire s’émanciper les agriculteurs, nous saurons tirer le meilleur parti de ces données pour le bien commun de l’humanité. L'enjeu va bien au delà de simples profits pour l’agriculture et les agriculteurs. Il nous suffira de voir l’immensité des avantages que nous retrouverons à partager ces données plutôt qu’à les protéger. Si nous réussissons ce pari, nous ne serons plus uniquement des producteurs de nourriture, mais des "décidacteurs" incontournables de la révolution qui s'amorce.   Pas facile à admettre me direz vous, mais c’est là probablement que se niche la vraie révolution qui est enclenchée !

La co-construction pour modèle!
Le troisième point que Gilles nous fait découvrir dans son livre est l’émergence d’une nouvelle forme d’éducation et d’industrialisation. Là, pas facile de ne pas avoir peur si nous ne regardons pas les choses dans leur globalité. Tout ce tiens, tout est lié, de l’éducation collective au modèle de production. Pour le système éducatif qui doit se mettre en place, encore une fois le modèle qui a été dispensé dans nos écoles sans être parfait est surement précurseur. L’apprentissage de la curiosité est plus important que la connaissance elle même. Apprendre à apprendre, apprendre par le geste, se co-construire entre apprenants par les échanges d’expériences nous sont familiers. Veillons à ce qu’ils ne soient pas remis en cause au moment ou les apports du numérique nous donne des facilités insoupçonnées pour permettre à chacun de s’épanouir à son rythme. Sur le plan industriel et productif, un nouveau mouvement encore confidentiel apparaît ça et là, c’est celui des Makeurs et des FabLabs (Fabulous Laboratory). En France un des premier FabLab au monde dédié à la biologie à vu le jour, il s’appelle La Paillace. Des chercheurs, des juristes, des spécialistes de tout nature s’y retrouvent pour construire en open source. Nous avons là aussi mis en place des structures qui s’en approchent dans les années 60 avec les groupes de développement. Il nous faut juste ouvrir les portes de nos hangars et de nos étables pour y accueillir d’autres disciplines, des structures comme la Paillace doivent intégrer nos groupes de développement et nous devons également aller dans les FabsLab pour co-construire avec eux sans pour autant tout réinventer. Imaginez ce que seront demain les OGM s’ils sont co-construits en open sources par des chercheurs, des "consomacteurs" avec les agriculteurs. Ni Mansanto et ses brevets, ni les opposants  dogmatiques à toute forme de progrès ne pourrons y résister, le patrimoine commun de l’humanité sera respecté. Le risque de la domination numérique par les entreprises, les états ou autres minorités obscurantistes sera minimisé par le fait que les citoyens se seront emparés de l’innovation au profit du plus grand nombre. Nous devons aller voir ce qui ce passe de l'autre coté de la haie !

Rêver, d'abord rêver!
Que nous reste t'il d'hésitation pour aller découvrir cet univers qui demain sera le notre? Nous n'avons d'autres choix que de vouloir le créer ou de le subir. Un élément essentiel doit nous y conduire : nos prédécesseurs ont initiés l'émancipation et le développement de l'agriculture d'abord en la rêvant. L'innovation ne nait ni de la crainte ou de la peur du lendemain mais du rêve. Le rêve qui fait franchir le pas, les choses doivent être rêvées pour être réalisées. Le rêve et le courage bien plus que les technologies à chaque instant sont nécessaires pour pouvoir franchir les obstacles posés là devant nous.  
  
Innover, c’et rompre les amarres, c’est un voyage sans retour,  il est fait comme un cadeau. Un cadeau pour un lendemain que nous aurons rêvé. Ce rêve sera un re-enchantement de l'humanité ! 

Hervé Pillaud