dimanche 11 mai 2014

De la défiance à la confiance

De la défiance à la confiance, deux mots que tout oppose, résument à eux seuls l’idée que veut nous faire passer Mattieu Pigasse dans Éloge de la normalité. Tout est possible, si tant est que nous le voulions ! À une époque ou beaucoup doutent, ou l’exacerbation de la peur est devenu le fond de commerce des partis politiques populistes et ou les partis modérés ont plus tendance à renoncer qu’a agir, Pigasse nous dit que la seule chose dont nous devons avoir peur, c’est de la peur elle même. Éloge de l’anormalité, pied de nez à un président qui se dit normal ? Non ou pas seulement ! À "Normaland" nous sommes tous d’accord entre nous : attendre, juste attendre que les choses aillent mieux. En période calme, ceci ne mène nul part mais ne prête guère à conséquence. En période de crise, dans des temps exceptionnels, cette normalité est profondément dangereuse. Et pourtant, un président normal pour "Normaland" rien de plus cohérent !
Quand la crise dure, perdure, les choses changent et réfugié dans sa zone de confort, le citoyen de Normaland s’inquiète, doute, prend peur. La porte est ouverte à tous les démons. La décroissance en est un, fausse bonne idée : "Il faut tordre le cou aux théories délirantes et réactionnaires prônant la décroissance. Elles émanent d’enfants gâtés et égoïstes qui veulent fermer la porte de la prospérité derrière eux. Ce n’est que lorsqu’on a tout, que l’on peut ne plus rien souhaiter avoir" nous dit Pigasse. Le boulevard des extrêmes ensuite : face à une politique faite de renoncement successifs qui siéent à une société assise sur son confort; quand les partis modéré s’effondrent, quand la haute fonction publique est plus enclin à protéger ses privilèges qu’a prendre ses responsabilités, la tentation est grande de vouloir flirter avec le diable quand il nous propose des solutions faussement rassurantes. Pour finir, le citoyen de Normaland se fabrique des bouc émissaires : l’Europe si lointaine qu’elle doit bien être responsable de nos problèmes, le capital également, l’étranger, le progrès, la science… tout ce que les bailleurs de fonds de la peur montent en exergue pour imposer leur conservatisme destructeur.
La défiance est là, en nous, symptomatique d’une société qui regarde dans le rétroviseur les fastes de ses gloires passées sans voir la formidable renaissance qui tend les bras à tous ceux qui voudront bien l’épouser.
Il y a urgence aujourd’hui à réinventer un destin commun, un lien qui nous uni, une espérance collective. La question n’est pas de savoir ce que nous laisserons à nos enfants, mais de nous interroger sur ce que nous avons fait, nous, de nos rêves d’enfants ! Regarder, s’engager, oser, voir les formidables vecteurs d’innovation qui vont façonner demain : internet, les biotechnologies, les nanotechnologies et les sciences cognitives. Ils forment autant de nouveaux mondes à découvrir dans une renaissance qui s’ouvre devant nous. Renaissance : féminité temporelle, belle et enivrantes que l’on ne peut séduire qu’en ayant confiance en l’avenir. Renaissance : femme fatale à conquérir pour la féconder de la semence de l’audace qui donnera les plus beaux enfants qui construiront demain.  Continuer à chercher, à séduire, à conquérir quand les autres ont renoncé, vouloir changer les choses, aimer, regarder plus loin que le bout de son nez. Apprécier le travail d’équipe… et enfanter les Vasco de Gama, Christophe Colomb ou Bartholomieu Diaz pour ouvrir les routes du monde nouveau. C’est cette ambition qui trouve plus son origine dans le rêve que dans les calculs qui redonnera la confiance.
Voilà avec mes mots mélangés aux siens ce que j’ai retenu de cette lecture. À quelques jours d’échéances cruciales pour l’avenir de l’Europe, le choix fondamental sera de choisir d’être acteur dans un monde qui ne nous attend pas ou bien de nous replié sur nous même. Cette lecture est une réassurance pour convaincre que nous devons remplir notre devoir de citoyen en écartant les démons populistes et souverainistes. Quand tous les vecteurs de ce qui peut être une période trouble et meurtrière s’installent aux portes de l’Europe, cet ouvrage est une démonstration de notre responsabilité d’avoir des dirigeants exceptionnels ou normaux. Vous l’avez compris ce livre m’a séduit et pour finir je ne peux résister à reprendre quelques mots d’un de mes vendéens préférés cité par Pigasse : "Ne pas fuir, ne pas reculer, ne pas rompre, ne pas ciller… dans la paix comme dans la guerre, le dernier mot revient toujours à ceux qui ne se rendent jamais" Georges Clémenceau 

Hervé Pillaud  



Mattieu Pigasse est directeur général de la banque Lazard en France et vice président de Lazard Europe. Il est propriétaire et président du magazine « Les Inrockuptibles » et co propriétaire avec Pierre Bergé et Xavier Niel du Monde. Ancien administrateur civil du ministère de l’économie et des finances, il a conseillé de nombreux ministres comme Laurent Fabius ou Dominique Strauss Kahn.