vendredi 22 mai 2015

Demain les agriculteurs seront t’ils maître de leur destin ?

Les géants du IT regardent de prêt l’agriculture.
Google Ventures, le bras armé de Google en matière de capital risque a piloté une levée de fond de 15 millions de dollars pour FBN : Farmers Business Network . FBN est une petite startup basée à San Francisco qui a été cofondée par un ancien responsable de Google. Son savoir faire réside dans la compilation de méta-données (big-data) pour piloter les cultures et améliorer les rendements. Ces données sont disponibles à la fois chez l’agriculteur via ses déclarations et différents capteurs ; FBN utilise aussi les données disponibles en open data, les données météo par exemple. La société vend ensuite ses conseils aux agriculteurs pour optimiser les rendements, faire des économies sur les intrants et veiller à l’environnement. De la même façon Mansanto à repris il y a deux ans à peine une autre startup œuvrant sur le même domaine : Climat corporation pour près d’un milliard de dollars. De son coté John-Deere investit beaucoup dans le domaine du numérique agricole sans pour le moment vouloir s’impliquer dans le conseil (pour le moment…)
Les ambitions de Google.
Google ne cache pas avoir des ambitions sociétales d’amélioration des conditions de vie sur la planète. L’agriculture, l’alimentation et la santé seront des enjeux du 21eme siècle, il n’y a donc rien d’anormal au fait que Google ai envie d’y investir. C’est ainsi que Google Ventures a également misé sur  Impossible food  une jeune société californienne fondée par un médecin biologiste de l’université de Standford. « Impossible food »  développe des Hamburgers et des fromages à base de plantes. Cette approche peut pour l’instant nous faire sourire mais le pari est simple : le végétalisme gagne du terrain et il y a un business qui va se développer ! Google de la même façon investit dans la santé, il dispose d’une équipe de recherche dédiée à la E-santé. Cette équipe travaille au seing d’une division baptisée Live &science dans son laboratoire secret connu sous le nom de Google X. En matière de couverture numérique, Google via le projet Loon, veut développer l’accès à internet dans les contrées les plus reculées de la planète. Google est donc présent sur l’ensemble des besoins : la couverture numérique, la E-santé, l’agro-alimentaire et maintenant le conseil pour la production agricole.
Que devons nous en penser ?
D’abord que Google a tout compris mais ce n’est pas là un scoop. Nous pouvons voir ces investissements avec amusement, après tout Google a assez d’argent pour afficher ses ambitions sociétales en investissant dans toutes sortes de métiers. Je pense qu’il nous faut voir les choses autrement. Google a compris, à la fois les enjeux et les attentes des gens que ce soit dans leur vie privée ou pour les usages professionnels. Google se fait alors le catalyseur des envies et des besoins en offrant les services nécessaires à tout un chacun. Le géant du net se trouve au centre du dispositif étant détenteur de la plateforme compilant les données numériques. La question n’est pas alors de savoir à qui appartiennent ces données mais bien de savoir ce qui peut en être fait. Les données n’ont de valeur que par les algorithmes qui les mettent en œuvre et l’usage des OAD (outils d’aide à la décision) qui en découlent.  Dans le domaine agricole, les usages peuvent être multiples : de la gestion des risques à la R&D, du conseil à la formation et du marketing au financement ; celui qui maitrise les données à le pouvoir décisionnel.  Nous devons regarder cela avec lucidité et pragmatisme.
Ce qu’il ne faut pas faire ?
Notre penchant naturel à vouloir régler toute choses en nous protégeant par des réglementations et des lois va nous conduire à mettre des gardes fous pour ne pas être envahis. Pas sur que cela ne serve à grand chose, le monde a changé ! Cette approche risque plus de nous handicaper que de nous aider. Google est puissant parce qu’il possède une quantité énorme de données dont il a la disponibilité, nous ne pourrons pas verrouiller l’ensemble des données qu’il possède. Il est également puissant parce qu’il offre une quantité énorme de service de toute sorte pour nous faciliter la vie et cela le plus souvent gratuitement. C’est ce qui fait dire à certains : « quand c’est gratuit, la monnaie, c’est vous ! ». C’est ainsi que nous apportons nos données numériques à la plateforme Google (il en va de même pour Facebook, Apple et Amazone, ils forment avec Google les GAFA). Les données sont chez eux et la question n’est pas de savoir qui est propriétaire de ces données, elles n’ont de valeur que si elles sont mises en œuvre. La troisième force de Google et des GAFA est de mettre ces données à disposition dans des conditions qu’ils définissent pour réaliser des applications. Ces applications vont générer d’autres données qui viendront encore alimenter leurs plateforme. C’est ce qui fait émerger nombre de startups dopant ainsi l’économie.
Alors que faire ?
Trois choses doivent être mises en œuvre :
D’abord, à l’instar de Google, nous devons regarder les mutations qui s’opèrent autour de nous, entendre les signaux faibles que la société nous envoie, analyser ces signaux faibles et anticiper. Entendre les signaux faibles est important pour appréhender les marchés du futur. Ce n’est pas forcement ce que pensent les gens ou ce qu’ils disent à l’instant T qui a de l’importance mais la projection dans l’avenir des tendances qui se dessinent. Le marché sera capté demain par ceux qui l’auront compris. Ceux qui n’auront pas su anticiper seront tributaires de décisions prises ailleurs. Le monde agricole en a déjà trop souffert, c’est ainsi que nous sommes actuellement sous dictat des géants de la distribution imposant des prix toujours plus bas. Si nous n’y prenons garde, les détenteurs des données nous imposeront demain des décisions que nous devrons appliquer.    
Nous devons aussi prendre conscience de nos richesses numériques et nous mettre en situation de les faire fructifier. Nous possédons une quantité énorme de données sur nos exploitations. Elles sont éparpillées dans différents endroits, en silos souvent étanches qui ne se parlent pas entre eux. Nous avons des données sur les bases des Chambres d’agriculture, de notre centre de gestion, de notre coopérative etc. Les organismes à qui nous confions ces données ferment les bases de stockage sous prétexte de protéger ce qu’elles contiennent. D’autres données concernent la recherche, les expérimentations, la génétique… elles sont tout aussi verrouillées. En réalité ce qui nous semble être une protection enlève l’essentiel de la valeur à ces données. Nous devons rendre ces données interopérables pour constituer une plateforme commune. Si elles sont disponibles sur une même plateforme, les algorithmes qui vont les mettre en œuvre seront plus puissants et les OAD plus fiables.
Le troisième élément est dans la mise en œuvre de ces données, nous devons les ouvrir autant que faire ce peut avec des règles définies préalablement ; ainsi nous attirerons à nous des compétences. Les entreprises qui gravitent autour des GAFA répondent à des modes de fonctionnement différents de ceux auxquels nous sommes habitués. L’interopérabilité et l’ouverture sont essentielles pour faire progresser de façon exponentielle les données disponibles sur la plateforme. Les monnaies d’échange répondent à de nouveaux codes qui doivent être gagnant-gagnant. C’est pourquoi le verrouillage, la protection, la réglementation ne sont plus des solutions adaptées aux nouvelles problématiques.
Notre destin est entre nos mains
Nous serons maitre de notre destin si nous prenons les bonnes décisions. Nous sommes désormais dans un monde en transition. Comme toute transition, celle que nous vivons passera par les trois étapes de tout changement. Le changement génère d’abord l’hilarité de ceux qui feignent de le voir, nous en sommes parfois encore là et ces quelques lignes vont peut-être conforter cela. Vient ensuite le temps de la panique, de la colère avec la prise de conscience de ce que l’on considère alors comme un danger mais le danger n’est pas dans le changement quand on le découvre mais dans le fait de ne pas le découvrir à temps. C’est là que l’on essaie de mettre en place des digues de protections, mais que peuvent des sacs de sable face à un tsunami ? Quand la tempête est passée chacun s’approprie le changement et il sort un monde nouveau. Celui que nous commençons à voir se dessiner est une renaissance 2 .0. Comme toute renaissance elle aura ses champions, il est sûr maintenant que Google et les GAFA seront parmi ces champions. Il ne tient qu’a nous que nous puissions en être aussi, nous avons des atouts pour ça.
Alors la réponse à la question du départ est simple : Oui demain les agriculteurs seront maitres de leur destin… si nous nous en donnons les moyens !

Hervé Pillaud


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